Avec «Gros plan», son deuxième one-woman-show, Korine Côté propose un spectacle fluide malgré les nombreux changements de sujets.

Korine Côté: elle-même et un peu plus...

CRITIQUE / L’art de sauter du coq à l’âne, Korine Côté le maîtrise. Et comme l’humoriste est aussi une as de la transition, elle livre avec «Gros plan» un deuxième spectacle solo à la fois éclectique et fluide, qui revisite certains thèmes déjà vus sur scène avec un angle d’attaque — et des mimiques — bien à elle.

La comique l’avait déjà montré avec son premier one-woman-show : quand vient le temps de décortiquer de petites choses de la vie, elle peut faire beaucoup de millage avec pas grand-chose. Avec Gros plan, présenté mardi à la salle Albert-Rousseau, elle affine la technique en choisissant de braquer le microscope vers elle-même et vers ses proches. 

Arrivée sur scène au son de la pièce Corinne des Trois Accords, l’autre Korine ne tarde pas à entrer dans le vif du sujet en abordant sa récente maternité. Ça part d’un délire sur le nom qu’aurait pu porter son fils : ils ont songé unir le prénom le plus arabe possible (Mohamed) au nom de famille juif à souhait Cohen pour offrir un exemple de cohabitation et ainsi mettre fin au conflit israélo-palestinien. Et ça nous amène naturellement aux affres de la grossesse — «c’est dégueulasse être enceinte!» —, puis à ses traumatismes liés au fait de vomir, elle qui dégobille, semble-t-il, d’une manière qui «frôle le paranormal». Jusque-là, les liens se nouent facilement. Mais on ne perd rien pour attendre.

Au fil de son monologue bien rythmé, Korine Côté parlera de contraception, des imperfections du corps humain (et du fait qu’il y ait beaucoup trop d’éléments «dans la fourche»), de ses problèmes de faucons, des émissions de rénovation qui l’allument, du fait qu’elle se sente comme une personne âgée (elle a après tout grandi dans une résidence), des son amour de la colle, des joyeux malaises créés par sa tante déficiente intellectuelle, des trolls du Web, du service médiocre offert par certaines compagnies aériennes, de massothérapie, de téléréalité ou des ronflements de son amoureux. «À quel point tu peux faire autant de bruit dans ta propre tête sans que ça te réveille?» demandera-t-elle. Bonne question en effet… Bref, l’humoriste tire dans tous les sens, mais sans qu’on sente de cassure dans le texte. Dans l’écriture comme dans la livraison, les efforts portent leurs fruits. 

Exercice réussi

Bien ancrée dans la tradition du stand-up, Korine Côté se présente sur les planches sans artifices, avec un sens de la répartie du tonnerre et une tonne de personnalité. Il faut la voir incarner momentanément un anovulant, une pilule du lendemain ou un diaphragme pour comprendre qu’il n’y a pas grand-chose à son épreuve. 

Avec un sens de l’observation aiguisé et un talent pour l’enflure verbale et l’exagération, Korine Côté pointe certaines absurdités, gratte quelques bobos et se révèle de manière plus personnelle. L’exercice lui réussit plutôt bien. 

Korine Côté offrira une représentation supplémentaire de son spectacle Gros plan le 21 mai à la salle Albert-Rousseau.