Koriass ne le nie pas : le succès de son quatrième album et l’attention que lui ont valu ses prises de position féministes lui sont montés à la tête.

Koriass: déraper, puis revenir

«Je vais juste dire ça comme ça: l’intro de l’album s’appelle J-3000. C’est l’aile psychiatrique où j’ai passé une semaine à Robert-Giffard», laisse tomber le jeune trentenaire en entrevue, un peu plus d’un an après une pause professionnelle prise «pour des raisons familiales» et qui l’a poussé à annuler des spectacles. Le temps d’arrêt n’a au final pas été si long (il est remonté sur scène quelques semaines plus tard), mais celui qu’on voyait partout a choisi de se faire moins visible et de recentrer ses priorités.

Toujours loquace, Koriass en avait encore long à dire dans ses nouvelles chansons. Sans doute encore plus que d’habitude. S’étant fait plus discret dans la dernière année, le rappeur revient de loin et c’est un peu tout ce cheminement — de la «dérape» à la reconstruction — qu’il dissèque sur La nuit des longs couteaux, un album aussi personnel qu’impitoyable attendu le 14 septembre.

«Quand tu te ramasses dans une petite cellule dans un institut en santé mentale, c’est une bonne claque d’humilité, mettons. Tu t’en sers pour mieux repartir après», ajoute-t-il.

Koriass ne le nie pas: le succès récolté par son quatrième album, Love Suprême, et l’attention médiatique que lui ont notamment valu ses prises de position féministes (il s’est retrouvé sur le plateau de la grand-messe télévisuelle Tout le monde en parle) lui sont montés à la tête. «Je pense que j’aimais beaucoup ça, le fame. C’est devenu plus important que ce qui est réellement important», note celui qui est né Emmanuel Dubois à Montréal, mais qui réside depuis plusieurs années à Limoilou. Rappeur d’expérience (Koriass a lancé son premier album il y a 10 ans), il dit ne pas regretter l’ascension rapide qu’il a connue auprès du grand public depuis deux ans. Même si elle l’a fait tomber de haut.

«Je regrette comment ç’a été fait, nuance-t-il. Je suis entré par la porte du féminisme et ça, c’est vraiment un de mes plus grands regrets. Je ne regrette pas d’avoir affiché des couleurs féministes parce que je ne l’ai jamais fait avec de mauvaises intentions. Je ne l’ai pas fait pour le fame. Mais j’en ai profité, de ce fame-là. J’ai profité des compliments qui sont venus avec. Ce n’est pas correct. Je comprends les gens qui me traitent d’opportuniste et whatever... Je comprends complètement comment vous pouvez penser ça de votre angle. Je l’accepte et c’est pour ça que je me ferme la gueule là-dessus. Je ne vais plus jamais en parler publiquement pour me peinturer dans un coin comme “le rappeur féministe”.»

Entre vérité et fiction
Selon Koriass, l’étiquette de «modèle» qu’il a lui-même contribué à se faire accoler a été lourde à porter. «Je me suis tellement over-exposé, je me suis tellement mis dans une position où je devais être complètement irréprochable que, bien évidemment, ç’a soulevé du commérage quand j’ai fait des conneries. Tout ce qui m’intéresse, maintenant, c’est de protéger ma famille, parce que c’est moi qui ai choisi de m’exposer et que c’est à eux que ç’a fait mal quand je l’ai échappé», observe ce père de deux fillettes, qui préfère taire la teneur de ce qu’il décrit comme une «période de dérape»… Même si l’album lui-même est truffé de références à ses instabilités, à ses excès, à ses manquements et à sa famille, à qui il s’adresse parfois directement.

«Mais ça reste assez flou, c’est parfois de l’exagération, évoque-t-il. Ça reste assez théâtral comme album. Mais tout passe par ma blonde et par ma famille pour “approbation”. Et il y a des choses qui ont été difficiles à entendre.»


« Quand tu te ramasses dans une petite cellule dans un institut en santé mentale, c’est une bonne claque d’humilité, mettons »
Koriass

Koriass cite en exemple la chanson Ennemis, qui décrit un couple au bord de l’implosion. «Je parle à ma blonde des moments où je n’ai pas été un allié pour elle. Où j’ai plutôt été un ennemi. À la première écoute, ça ne lui a pas plu, bien évidemment. Il y a certaines chansons où j’ai changé des lignes. Je ne l’ai pas fait égoïstement. Je l’ai fait en pensant aux gens que ça allait toucher. Je ne parle pas juste de moi dans mes chansons, je parle des gens autour. Mais il y a beaucoup de fiction sur l’album», assure celui qui rime aussi à propos de son rapport à l’industrie. «Et de mon rapport aux autres artistes, aux médias… Ce qui s’est passé m’a fait me réaligner dans ma façon de gérer ma carrière et d’approcher la célébrité», indique-t-il.

Koriass a renoué avec les complices Phlippe Brault et Ruffsound à la coréalisation de La nuit des longs couteaux. Il y partage aussi le micro avec son ami FouKi, qu’il décrit comme son «fils spirituel» à cause de leur différence d’âge.

Note: Koriass présentera ses nouvelles pièces sur la scène de l’Impérial le 14 septembre, dans le contexte du festival Saint-Roch XP. Sa tournée l’amènera notamment à Sherbrooke (19 octobre au Théâtre Granada), Trois-Rivières (24 novembre à l’Amphithéâtre Cogeco), Jonquière (29 novembre au Café Théâtre Côté-Cour), Saint-Félicien (30 novembre à l’Azimut), Alma (1er décembre au Café du Clocher) et Montmagny (1er mars 2019 à la salle Promutuel Assurance).

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Koriass

• Quand: 14 septembre à 21h30

• Où: Impérial

• Billets: 28$