Sans être omniprésent, le thème de l’orientation sexuelle s’impose comme fil conducteur de <em>Migration</em>, le nouvel album des frères Henri et Simon Kinkead.
Sans être omniprésent, le thème de l’orientation sexuelle s’impose comme fil conducteur de <em>Migration</em>, le nouvel album des frères Henri et Simon Kinkead.

Kinkead : Danser la diversité

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Frères jumeaux, Henri et Simon Kinkead font de la musique ensemble depuis l’enfance… Et même avant : leur bio parle d’un «premier jam dans le ventre de leur mère en 1995». Les frangins proposent vendredi Migration, un premier album complet teinté d’une idée de «crise de la mi-vingtaine» et de maintes interrogations sur l’identité et l’orientation sexuelle, placées au centre de leur démarche créative.

«Ça fait pas loin de deux ans qu’on travaille sur cet album, explique Henri. Quand j’ai fait mon coming-out, j’en ai jasé avec Simon et au fil de la création, lui aussi a eu des questionnements sur son orientation sexuelle. On s’est dit : “OK, on ne peut pas passer à côté de ça”. C’était trop fort, trop nécessaire d’avoir une conversation, même si on est hyper chanceux de vivre dans une société où tu peux être toi-même sans te sentir en danger ou quoi que ce soit.»

Henri s’identifie comme queer. Simon comme bisexuel. Le constat n’est pas si lointain. «Mais je pense qu’on savait tous les deux depuis longtemps qu’on n’était pas straight, mettons», ajoute le premier.

«Les gens qui sont queer ou qui font partie de la communauté LGBT vont se reconnaître là-dedans, estime-t-il. Les gens qui ne le sont pas vont peut-être plus comprendre c’est quoi et se sentir touchés par ça. Ça peut les amener à réfléchir différemment là-dessus.»

Sans être omniprésent, le thème s’impose comme fil conducteur de Migration, un album réalisé par Simon Kearney et qui porte aussi la griffe de Jérôme 50 et de Simon Lachance (Raton Lover), qui ont appuyé Kinkead aux textes. Le tout se déploie en mode pop teinté de soul ou de disco.

«Je pense qu’on a un côté très emo, très deep. Mais notre but, c’est que les gens passent un bon moment quand ils écoutent notre musique. L’idée était un peu de rallier ça», observe Simon.

Kinkead

«Si tu peux faire un show dans lequel les gens vont danser et brailler en même temps, c’est le best! reprend son frère. Moi, quand je vais voir un artiste, j’aime voir plusieurs côtés de sa personnalité. C’est vraiment ça qu’on a voulu donner. Je pense qu’on est à l’aise avec nos émotions et qu’on avait envie de partager un peu de tout.»

Sensualité et confidences

Il y a un côté rassembleur dans la proposition de Kinkead. Ça peut se faire dans la sensualité comme avec Savane, une chanson d’amour écrite par un homme et pour un autre homme. Ça peut aussi se décliner par des confidences plus douloureuses comme dans Reality Show, qui décrit sans pudeur les angoisses et les trahisons qui peuvent venir avec les interrogations sur l’orientation sexuelle.

«Cette toune-là, c’est tout du vrai, avance Simon Kinkead. J’en parle et ça me rend un peu émotif, parce que c’est récent, c’est encore frais. Elle a été un défi à écrire. Autant il y a des gens qui parlent de diversité sexuelle, mais on n’en parle pas de façon aussi multiple que ça. Je voulais amener ce point de vue, le fait que je me questionnais et que ça m’a amené des problèmes de santé mentale. Ça m’a amené jusqu’à faire une dépression. Après, j’avais envie de dire que je suis bisexuel, même si je n’avais pas beaucoup de gens autour de moi et que c’était un peu un flou. Je pense que les gens qui vont l’entendre et qui se posent ces questions-là, ça peut leur faire du bien de sentir qu’ils ne sont pas seuls là-dedans.»

Henri dit être officiellement sorti du placard autour de 2017. Pour Simon, pas de grandes déclarations. «Je n’ai jamais fait de coming-out comme d’en parler à mes parents… note ce dernier. J’ai expérimenté des choses, je me suis posé beaucoup de questions, j’ai parlé de comment je me sentais à certaines personnes. On a l’impression que le coming-out est comme un rite de passage. Ça l’est pour bien du monde et c’est parfait si tu as envie de le vivre comme ça. Mais il y a aussi des gens qui se sentent queer ou whatever et c’est juste comme ça. Il faut le faire à son rythme et dans la manière qu’on a envie de le vivre.»

Si la société est certes plus ouverte qu’avant sur la diversité sexuelle, tout n’est pas gagné au chapitre des perceptions et de l’acceptation, soulignent les frères Kinkead. «Il demeure cette idée-là que si tu es gai ou bisexuel ou queer ou whatever, c’est comme si tu avais des comptes à rendre, exprime Henri. Ce n’est pas le cas. La seule personne à qui tu as des comptes à rendre, c’est toi. Si, pour toi, la façon d’être en paix avec ta différence, c’est d’en parler, fais-le. Mais si tu le vis à ton rythme et que tu n’as pas le goût d’avoir de grosses discussions, fais-le pas. Ce n’est pas une question de s’assumer ou pas. C’est de le vivre à sa manière. C’est tellement wack cette idée du “fif pas assumé”. Ça ne vous regarde juste pas...»

Le duo, qui a pris part cet été à la version virtuelle du Festival de la chanson de Granby, dit mettre «de plus en plus» de l’avant l’aspect militant de son processus créatif. «Au fil de notre affirmation, on rencontre des gens qui sont aussi passés par là et qui nous épaulent, explique Henri. Je pense notamment à Sylvain Chartier, qui travaille sur notre mise en scène et notre direction artistique. Il est très militant queer et il nous a beaucoup inspirés. Il nous a beaucoup aidés à enligner notre façon de nous engager, de nous afficher, de porter des vêtements qui sont une affirmation en soi. L’orientation sexuelle, c’est une forme de diversité qu’on ne voit pas nécessairement. Pour nous, c’est important d’être transparents par rapport à ça.»

Kinkead a eu l’occasion d’enregistrer un concert de lancement la semaine dernière à Lavaltrie. Celui-ci sera mis en ligne le 23 octobre à 20h sur Facebook. Détails ici