Kevin Parent a passé les deux tiers de la deuxième partie à répondre aux demandes spéciales, bien conscient du caractère éclectique de la proposition, mais espérait visiblement un lien franc avec la foule.

Kevin Parent: la spontanéité entre amis

CRITIQUE / Depuis le milieu des années 90, Kevin Parent s'est produit sur maintes scènes à Québec, du Théâtre Petit Champlain aux plaines d'Abraham. Le Grand théâtre manquait encore à son tableau de chasse, ce qu'il a corrigé mercredi, à la salle Octave-Crémazie, avec une performance en duo misant sur la spontanéité, au risque d'être échevelée.
Bien qu'il ait un nouvel album en poche - Kanji, son deuxième dans la langue de Shakespeare- Kevin Parent n'est pas arrivé avec un concert consacré à son récent matériel. Certes, il a inséré quelques nouvelles chansons, dont Hands To The Sun et Honey I'm Home, particulièrement réussies, or c'est surtout à une plongée dans l'ensemble de son répertoire qu'il a convié son public.
Pour ce faire, il était accompagné de son complice de longue date, Michel Roy, à la batterie et aux choeurs.
Chez d'autres, cette formule en duo aurait pu paraître contraignante. Mais avec les deux hommes, elle fonctionnait vraiment bien. Roy pouvait frapper les peaux avec ses mains, faire vibrer les percussions avec des maillets, pour ensuite manier les baguettes et appuyer solidement la rythmique. Idem pour Parent, qui flattait les cordes de ses doigts, pour ensuite les pincer et, lorsqu'il voulait donner du mordant, sortir son pick et passer ses guitares acoustiques dans la distorsion. Comme il s'assurait aussi de couvrir la basse à travers son jeu et qu'il sortait occasionnellement l'harmonica, on n'a jamais eu l'impression qu'il manquait un musicien sur les planches...
Échanges avec le public
Cette formule intimiste a donné lieu à plusieurs solides interprétations, dont l'incontournable Seigneur ou encore Les Vents ont changé. Ce cadre sans prétention était aussi propice à l'échange. Parent a installé le dialogue, d'abord en partageant des anecdotes, ensuite en ayant recours à une bonne dose d'humour, invitant des spectateurs à danser sous une boule miroir bancale durant Caliente. Ce cabotinage est toutefois venu ternir certains titres, comme sa version du Petit roi et a même faillit faire dérailler le spectacle, avec une interprétation au piano de Quand on vieillit -déjà pas sa meilleure-, où il s'est accroché et avait oublié son harmonica... Il le savait: il a immédiatement corrigé le tir ensuite avec une Ado Maso sans bavure.
Pour pousser plus loin le lien avec les fans, Parent a passé les deux tiers de la deuxième partie à répondre aux demandes spéciales. Ça allait dans toutes les directions, de la rigolote 30 sous zéro à une superbe River's So Cold. Parent était bien conscient du caractère éclectique de la proposition, mais espérait visiblement un lien franc avec la foule. À ce chapitre, c'était réussi: on se sentait entre amis, certains allant jusqu'à confier au chanteur qu'ils étaient venus de la Gaspésie pour le voir et qu'ils avaient connu son père. «Le coeur est là», a indiqué Parent, comme pour excuser les imperfections du show, ajoutant que pour un spectacle intelligent, il n'était peut-être pas le bon gars, mais que pour un «câlin musical», on était au bon endroit. Nul doute que dans cette proposition quelque peu éclatée, la sincérité y était et les moments forts ont eu le dessus sur lesdites imperfections.