Robert Lepage

«Kanata»: l’invitation de Lepage bien accueillie par les opposants

MONTRÉAL — L’invitation à une «rencontre de dialogue» lancée par le metteur en scène Robert Lepage et la femme de théâtre française Ariane Mnouchkine est très bien accueillie par les signataires d’une lettre de protestation contre la production de la pièce «Kanata».

La pièce, qui doit être présentée par le Théâtre du Soleil de Mme Mnouchkine au Festival d’automne de Paris en décembre, dit vouloir présenter une nouvelle lecture de l’histoire du Canada «à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones».

Or, la distribution ne comprend aucun comédien issu des Premières Nations, ce qui a provoqué l’ire de plusieurs artistes et intellectuels autochtones et de sympathisants et mené à la lettre ouverte publiée samedi.

«Malheureusement, ç’aurait dû être fait bien avant ça, mais je le prends bien. Je pense que c’est une belle initiative de la part de Mme Mnouchkine et de M. Lepage de vouloir nous rencontrer, discuter et d’avoir un dialogue et de tendre la main», a dit le directeur artistique du théâtre Ondinnok et signataire de la lettre, Dave Jenniss, en entrevue avec La Presse canadienne lundi.

Bien qu’il reconnaisse que Mme Mnouchkine oeuvre depuis longtemps avec les mêmes acteurs au sein de la troupe du Théâtre du Soleil, M. Jenniss affirme que «tout le monde a bien hâte de pouvoir s’asseoir et de partager le pourquoi de notre absence et voir ce qu’on peut faire pour le futur [...] et qu’est-ce qu’on peut faire pour que notre place et notre art soient reconnus davantage».

Il affirme du même coup que l’occasion sera belle pour sensibiliser M. Lepage et Mme Mnouchkine au point de vue des Autochtones et du fait que ceux-ci puissent être heurtés lorsque l’on prend leur histoire pour la réinterpréter à sa façon.

«On ne peut pas prendre les histoires des gens et les raconter comme on veut sur scène et surtout, ne pas nous mettre là. Pour moi, c’est un manque total de respect, surtout avec tout ce qui se passe présentement. On est en 2018; on n’est plus en 1960 dans un vieux documentaire de Radio-Canada qui prend des images des Autochtones et qui en fait ensuite ce qu’il veut bien», a expliqué l’homme de théâtre.

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, qui a également signé la lettre de protestation, a pour sa part fait valoir à La Presse canadienne que la communauté autochtone a un immense réservoir de talent.

«Nous savons que ce sont toutes des personnes non autochtones qui jouent des rôles d’Autochtones. J’ai un problème avec ça: nous avons de très solides acteurs autochtones et de très solides metteurs en scène», a-t-elle souligné.

«Il faut comprendre qu’après la Loi sur les Indiens et les pensionnats autochtones dans les années 1960, nous avons perdu notre culture et notre langue. Nous nous réapprenons nos traditions et nous sommes résilients. Le fait qu’il ait choisi de ne pas nous inclure dans sa production est un genre de vol», a déploré Nakuset.

Le lieu et le moment de la rencontre restent à déterminer.

SLAV Résistance aussi prêt au dialogue

Dans un dossier relié, le Collectif SLAV Résistance, qui avait dirigé les manifestations qui ont mené à l’annulation de la production SLAV par le Festival international de jazz de Montréal, se dit aussi prêt à rencontrer Robert Lepage.

En faisant part de son invitation aux signataires de la lettre, le metteur en scène avait également fait part de son ouverture à une rencontre avec le Collectif.

Dans un communiqué publié lundi, le Collectif note qu’il n’a «pas encore été contacté directement par l’équipe de Monsieur Lepage», mais il se dit «à avoir cet échange dans la franchise et le respect».

La controverse entourant SLAV était liée au fait que seulement deux des choristes participant à la production mise en scène par Robert Lepage pour souligner le parcours de la chanteuse Betty Bonifassi sur les chants d’esclaves afro-américains étaient noirs.

Betty Bonifassi a enregistré deux albums au cours des cinq dernières années dans le but de redonner vie à ces chants d’esclaves en se référant au travail de l’ethnomusicologue Alan Lomax. Bien que centrée sur l’esclavagisme afro-américain, la production de SLAV visait à le dépasser pour toucher à la question plus large de l’esclavage chez plusieurs peuples à travers le temps.