Patron d’une firme parisienne forcée de déménager dans une cité de banlieue, Fred Bartel (Gilles Lellouche) fera la rencontre du réservé Samy (Malik Bentalha)

Jusqu'ici tout va bien: Vie de banlieue ***

CRITIQUE / Plusieurs cités des banlieues parisiennes, avec leur jeunesse désœuvrée, leurs immeubles en décrépitude et leur criminalité galopante, constituent depuis longtemps un casse-tête pour les politiciens français. Même les policiers s’aventurent avec une extrême prudence dans ces endroits frappés sporadiquement par des émeutes.

Et si une des façons de déboulonner les clichés et les préjugés sur ces quartiers dits «sensibles» passait par l’humour? C’est en tout cas le pari du cinéaste Mohamed Hamidi qui, avec la comédie Jusqu’ici tout va bien, démontre avec une naïveté à la fois charmante et agaçante qu’un rapprochement est possible entre les habitants de ces endroits multi-ethniques et des individus qui n’ont jamais mis les pieds à l’extérieur du périphérique parisien.

Ce n’est ni par grandeur d’âme ni de gaieté de cœur que Fred Bartel (Gilles Lellouche) y débarquera. Après avoir fait faussement croire que son agence de communications est installée dans ce qu’on appelle une «zone franche», ce qui lui permettait de jouir d’allègements fiscaux, l’homme d’affaires n’aura d’autre choix, au vu de la faramineuse pénalité qui lui pend au bout du nez, de déménager ses pénates à La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, avec sa poignée d’employés, aussi dépités que lui de ce nouvel environnement de travail.

La table est mise pour un choc culturel. Mais puisqu’il s’agit d’un conte de fées à saveur sociale, bien loin du réalisme dramatique de La Haine (de Mathieu Kassovitz) sur le même sujet, la méfiance s’atténuera au fil d’une cohabitation forcée avec des employés embauchés sur place et dont les compétences sous-estimées se révèleront au grand jour. Parmi ces nouveaux salariés, le réservé et gauche Samy (Malik Bentalha), chargé d’enseigner les us et coutumes de la faune du coin.

Révélé au public en 2016 par La vache, récit rigolo d’un paysan algérien débarqué à Paris avec son bovin pour participer à une foire agricole, Mohamed Hamidi propose une comédie dégoulinante de bons sentiments, mais plutôt sympathique par sa façon débonnaire de faire œuvre utile afin de faire tomber clichés et idées préconçues.

Le scénario ne s’embarrasse guère de nuances pour passer son message. Tous les problèmes se résolvent d’un coup de baguette magique. Des trafiquants de drogues deviennent de gentils alliés pour sauver la firme de la faillite, à l’occasion d’un invraisemblable dénouement. Un imbroglio avec la police se dénoue en deux temps trois mouvements. Le fils ado du patron, suspendu en permanence à son cellulaire, découvre subitement les vertus du sport. On a aussi droit à l’incontournable bluette sentimentale, bien peu crédible, entre Samy et la belle de service (Camille Lou). Bref, tout le monde il est (trop) beau, tout le monde il est (trop) gentil…

Bien entendu, l’appréciation du film, produit par Jamel Debbouze, variera selon le degré de familiarité du spectateur d’ici avec la problématique des banlieues parisiennes, et surtout avec l’argot de ses habitants. Pas toujours évident, alors sachez tendre l’oreille et la bonne.

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ***

Malik Bentalha, Gilles Lellouche et Sabrina Ouazani, les trois personnages principaux de la comédie française Jusqu’ici tout va bien.

Titre : Jusqu’ici tout va bien

Genre : comédie

Réalisateur : Mohamed Hamidi

Acteurs : Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani, Camille Lou

Classement : Général

Durée :1h30

On aime : le jeu de Gilles Lellouche, la volonté de déboulonner les préjugés sur les cités

On n’aime pas : l’avalanche de bons sentiments, des personnages unidimensionnels, l’absurde dénouement