Les survivalistes se retrouvent dans une base isolée en pleine forêt pour suivre une formation, notamment la confection d'explosifs artisanaux.
Les survivalistes se retrouvent dans une base isolée en pleine forêt pour suivre une formation, notamment la confection d'explosifs artisanaux.

Jusqu’au déclin: Confinés dans le bois ** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Jusqu’au déclin, premier long métrage québécois produit par Netflix, arrive à point nommé. Le suspense suit des survivalistes qui craignent une catastrophe économique ou écologique, voire… une pandémie! Reclus pour une fin de semaine dans une base autonome pour un exercice mené par un gourou-entraîneur, ils vont devoir mettre la théorie en pratique pour sauver leur peau!

Pour la petite histoire, le scénario de Jusqu’au déclin s’est beaucoup promené dans le milieu, sans trouver preneur. Le réalisateur Patrice Laliberté et Nicolas Krief, son ami et coscénariste, se faisait répondre : c’est un récit «de type Netflix».

En effet. Ceci explique cela : il s’agit d’un divertissement violent avec des enjeux dramatiques faibles, mais qui livre sa dose de suspense malgré des invraisemblances parfois difficiles à avaler. Nul doute, d’ailleurs, qu’il saura trouver son public sur la plate-forme de diffusion en continu. Aussi parce que l’offre de films québécois s’y avère famélique et que celui-ci s’avère fortement ancré dans notre nordicité.

Le récit s’attache à Antoine (Guillaume Laurin), jeune père de famille qui idolâtre Alain (Réal Bossé), dont il suit les tutoriels sur YouTube. Lorsque ce spécialiste maniaque du survivalisme lui offre de s’inscrire à une formation à sa base isolée dans la forêt, il accepte sur-le-champ.

Sur place, il sympathise avec trois hommes et deux femmes disparates, mais animés par la même crainte que le ciel leur tombe sur la tête. Parmi eux, David (Marc Beaupré), paranoïaque de première et chien de poche d’Alain, et Rachel (Marie-Evelyne Lessard), une ex-militaire rompue au corps à corps, se retrouvent à l’avant-plan.

On comprend rapidement qu’ils joueront un rôle important dans la suite des choses — qui prend un long moment avant de s’enclencher. Une mise en place qui, curieusement, reste en surface de ses personnages et s’avère, finalement, un peu inutile lorsque l’un d’eux décède accidentellement en manipulant des explosifs artisanaux.

Ce qui mettra le feu aux poudres, sans mauvais jeu de mots. S’en suivra une partie de cache-cache dans les bois, en plein hiver, en mode survivaliste. Le huis clos emprunte autant au film de revanche qu’au western, et Patrice Laliberté réussit à maintenir une bonne tension et propose quelques surprises.

C’est toutefois un peu gros pour être totalement crédible. Les scénaristes auraient eu avantage à mieux exploiter ce qui pousse ces gens, qui semblent «normaux», à adhérer aux théories du complot;mais aussi leurs failles et leur peur de l’Autre. Au contraire, les dialogues restent superficiels. Le credo d’Alain, «nous sommes des citoyens éclairés qui avons un idéal en commun», c’est un peu court.

Heureusement, Jusqu’au déclin compte sur une forte distribution (Marc-André Grondin y est méconnaissable). À commencer par Marie-Evelyne Lessard (vue dans 19-2) dont le jeu physique et incarné aide à maintenir l’intensité de la dernière demi-heure.

Sans être aussi sanguinolent qu’un certain cinéma d’action hollywoodien, Jusqu’au déclin se complaît dans la violence habituelle du genre — par ailleurs rarement exploité au Québec, sauf exception (Podz, par exemple).

Somme toute, rien de bien original. Et conclure avec Soon This Place Will Be Too Small, de Lhasa de Sala, une artiste humaniste, se révèle particulièrement inapproprié dans le contexte. Pas mal certain qu’elle n’aurait pas donné son aval de son vivant...

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Jusqu’au déclin

Genre : Suspense

Réalisateur : Patrice Laliberté

Acteurs : Marie-Évelyne Lessard, Guillaume Laurin, Réal Bossé

Classement : 13 ans +

Durée : 1h23