Julien Lebargy, vêtu de la combinaison officielle de sa performance spatiale

Julien Lebargy en mission spatiale

Il est prêt. Ou presque. En fait, depuis quelques jours, il sent monter l’anxiété à la perspective de se retrouver seul, sous l’œil imperturbable des caméras, 24 heures sur 24, pendant une semaine. Julien Lebargy part en mission.

L’ambitieux projet s’appelle Le Comité d’Organisation de la Solitude Spatiale (C.O.S.S.) et supervise 604 800 secondes de la vie de Julien Lebargy. L’artiste a demandé à trois administrateurs (Catherine Baril de la Manif d’art, Marie-Andrée Bégin de l’Université Laval, et Yohann Maubrun de la Ville de Québec) de concevoir le Manuel de procédures d’une performance décalée inspirée des missions de découverte spatiale.

Chaque activité — lever, cueillette d’échantillons, exercices en apesanteur, par exemple — y est décrite minute par minute. «Gestion des végétaux», où Lebargy, qui n’a aucunement le pouce vert, devra transplanter des plantes, est directement inspiré du film Seul sur Mars, avec Matt Damon. Il aura aussi une heure par jour pour apprendre le russe. «On passe du très sérieux à des choses très drôles et très ironiques, note Lebargy. Il va y avoir des moments poétiques et des moments colorés et rythmés.»

Cette semaine hyper-intensive, où toute sa vie sera gérée de A à Z, commence à susciter des appréhensions. «Je suis obligé de suivre le manuel. Je me demande comment je vais réagir à l’isolement, à la surveillance et à l’autorité, trois choses que je déteste. Je me demande si je vais être capable de respecter mon propre projet. Je suis à la fois l’auteur, au-dessus des administrateurs, et le personnage qui exécute, ce qui crée un conflit.»

Son espace de confinement (dans un lieu tenu secret), comportera différentes zones, chambre, cuisine, (fausse) cour et un espace intime, dans l’angle mort des caméras. Les 800 pieds carrés apparaîtront aux regardeurs de manière déconstruite, alors que les murs seront simplement représentés par du ruban adhésif au sol.

En s’imposant une méthodologie rigoureuse et en concevant un univers esthétique soigneusement réfléchi, il souhaite transcender l’expérience sociologique bidon. «Ça m’intéresse de susciter des discussions, surtout chez les gens qui ne sont pas en arts», souligne Lebargy, qui tient à diffuser ses projets hors des lieux de diffusion habituels en arts visuels. Le public aura accès aux images de la performance sur YouTube, alors que des activités de médiation seront présentées à la Librairie Saint-Jean-Baptiste, à la Cuisine, au Troquet et au bar sportif LvlOp.

Après la performance, qui aura lieu du 7 au 14 septembre, Julien Lebargy exposera ses archives dans la vitrine de la Manif d’art du 14 au 30 septembre. Info: www.julienlebargy.com