Julien Lacroix ratisse large dans les sujets, qui ne se démarquent pas tant par leur originalité que par la manière avec laquelle ils sont exploités et surtout livrés sur scène par un personnage à la fois candide et «trash».

Julien Lacroix, candidement «trash»

CRITIQUE / Les limites, Julien Lacroix ne semble pas connaître. Sous ses airs angéliques et avec un redoutable sens du punch, l’humoriste prouve être un puits sans fond d’énormités et de vulgarités. Et vous savez quoi? Parce qu’il est surtout très drôle, on le lui pardonne…

Dans une salle Albert-Rousseau pleine à craquer qui lui a réservé une belle ovation, le Montréalais a offert mercredi la première médiatique de son premier spectacle solo, Jusqu’ici tout va bien. Le titre emprunté à une réplique du film La haine de Mathieu Kassovitz coiffe une expérience humoristique franchement efficace, qui déboule à toute allure, mais qui pourra sans doute irriter quelques chastes oreilles. 

Vedette du Web nourrie à l’impro — le comique a d’ailleurs prouvé mercredi qu’il y excelle toujours —, Lacroix a choisi de lancer les «hostilités» sur écran géant, dans une délirante vidéo biographique. Il rebondira en chair et en os pour nous raconter ses questionnements existentiels et tout ce qu’il ne veut pas devenir. Sa seule certitude? Celle de vouloir être humoriste, même si c’est difficile au début. «La première année, j’ai fait 200 $, a-t-il lancé. Et ce n’est pas en faisant de l’humour, c’est parce que j’ai sucé Gilbert Rozon.» Voilà, le ton est donné.

Les vieux, les laids, les gros, les enfants, ceux qui se battent au Boxing Day, sa famille «fuckée», les jeunes couples, les personnes handicapées, les comportements qui sont gais ou pas… Julien Lacroix ratisse large dans les sujets, qui ne se démarquent pas tant par leur originalité que par la manière avec laquelle ils sont exploités et surtout livrés sur scène par un personnage à la fois candide et trash. Comme un petit frère ingénu de Mike Ward, il frappe dans le tas et n’épargne personne sans perdre l’air du gars qui ne comprend pas comment ce qu’il dit pourrait paraître niaiseux ou offensant. Le contraste fait son effet. Et comme pour s’en excuser, l’humoriste boucle la boucle avec un fantastique exercice d’autodérision lors duquel il commente des images d’archives des chroniques de mode qu’il a filmées lorsqu’il avait 10 ans. 

Improvisation

Certains des moments les plus comiquement percutants se sont produits mercredi lorsque Lacroix a improvisé avec le public de la salle Albert-Rousseau. Conscient qu’il attire un public jeune, l’humoriste a cherché à voir à quel point. «On dirait un sondage pour un pédophile», a-t-il observé lorsqu’il a demandé par applaudissements qui avait moins de 13 ans. 

Il n’a pas ménagé les cousins Benjamin et Jesse, 11 ans, présents avec plusieurs membres de leur famille. Au premier qui lui a fait répéter une question, il a répondu : «Ça me gosse, les imbéciles. J’espère que tu vas te faire intimider à l’école». L’autre a eu droit à un gratuit : «Je me demandais qui sentait le pogo...» Trop méchant? Peut-être. Mais c’est fait avec une dégaine si sympathique que ça fonctionne. Bien qu’on se doute que des parents seront peut-être confrontés à quelques questions après ce monologue où à peu près tout est permis, surtout si ça se passe en bas de la ceinture. À l’autre bout du spectre, les échanges avec une certaine Lison de 68 ans se sont aussi avérés savoureux. 

On pourrait reprocher à Julien Lacroix d’être parfois un peu trop criard. Lui-même a semblé s’en apercevoir, mercredi. Dans un moment d’impro particulièrement survolté, il s’est inquiété, en cette première médiatique, que les médias de Québec rapportent avoir assisté à une psychose. «Dans Le Soleil demain, on va lire : “Jusqu’ici tout va bien? Non, il ne va pas bien du tout… Il saignait de la tête.”» Bon, ce n’est pas tout à fait exact en ce qui concerne l’hémorragie, mais voilà quand même ta prédiction concrétisée, Julien...

La tournée de Julien Lacroix fera notamment escale cet automne à Montmagny (4 octobre), Rimouski (5 et 6 novembre), Amqui (7 novembre), Chandler (8 novembre) et Gaspé (9 novembre). L’humoriste sera de retour à la salle Albert-Rouseau le 28 novembre.