Julien Clerc chantait au Festival d'été, le 14 juillet 2016, jour où un terroriste lançait son camion sur la foule à Nice. À la fin de son spectacle, il avait exhorté les spectateurs à «laisser entrer le soleil» et à chanter avec lui le refrain pacifique Let the Sunshine In (Aquarius).

Julien Clerc: marathon musical au Québec

Quatorze spectacles en juin, 13 en septembre, plus un dernier le 1er octobre : Julien Clerc s'est inscrit à un marathon musical. «Je suis enchanté de faire les routes du Québec, a-t-il confié depuis Londres. C'est ma vie. Ma génération a été dressée à ça.»
Il fréquente les scènes depuis qu'il a 20 ans. Cinquante ans de musique, c'est un bail à vie entre un artiste et son public. Pourtant, il est encore envoûté par le «côté magique» de la musique et par la «charge émotionnelle» qu'il encaisse soir après soir sur les planches, debout, souriant, bougeant peu, mais bien, ou assis à son piano, concentré sur les harmonies et sur les mots.
Julien Clerc s'amène au Québec avec son pianiste Benjamin Constant. Il parle d'un «tournée à deux pianos exceptionnelle pour le Québec». Au moment de l'entrevue, début mai, il venait de replonger dans son répertoire, immense et plein de hits. «Ce sera un concert de gros succès», annonce-t-il. 
Pour cette tournée qui l'amène au Palais Montcalm, à Québec, il compte s'amuser en permettant au public de choisir quelques chansons. Comment mettra-t-il son projet en place? «Je ne suis pas encore décidé», a-t-il glissé. Il se prépare en répétant une quarantaine de pièces. «Je dois retrouver les harmonies au piano», poursuit-il. Au-delà du plaisir, il y a quand même le travail, le défi de chanter et de jouer du piano en même temps. «Juste interpréter les chansons, ce n'est pas un problème», dit-il.
La bonne occupation
L'homme, qui se dit «peu expansif», qui «adore lire et aller aux spectacles», y va d'un constat tout simple, d'une sorte de bilan : «Je pense avoir trouvé la bonne occupation dans la vie avec la musique.»
Il aura 70 ans le 4 octobre et sa voix est toujours son alliée. «Ce serait un crime de ne pas l'exploiter, commente-t-il. J'ai repris des cours de chant récemment et le résultat est incroyable, miraculeux. J'avais besoin de la retravailler.» Ses fans l'aiment et le suivent depuis si longtemps. «C'est une chance», se réjouit-il. Il se fait un devoir de ne pas les décevoir, car il souhaite que sa voix continue de les accompagner.
La biographie de Julien Clerc est constellée de noms de paroliers qui ont fait honneur à ses talents de mélodiste, de chanteur et de musicien : Étienne Roda-Gil, Maurice Vallet, Maxime Leforestier, Jean-Loup Dabadie, Luc Plamondon... 
Parmi ses premières chansons, des titres inoubliables, La cavalerie, Jivaro Song, La Californie, Si on chantait, Le patineur, Danse s'y, Ballade pour un fou, qu'il interprète toujours et que le public reçoit comme des cadeaux.
Cinquante ans de carrière, c'est mille fois l'Olympia, des tournées en province récurrentes, le Palais des Sports, Bercy, le Grand Rex, le Zénith, le Bataclan, l'Afrique, le Brésil, le Japon, le Canada, les États-Unis. C'est aussi une tournée avec un orchestre symphonique, en 2012, immortalisée sur un DVD, une biographie autorisée, quelque 25 albums.
Comment tient-il le coup? «Je m'organise, dit-il. Je ne dîne plus après les concerts, je ne traîne plus comme je le faisais au début.» L'adrénaline de la vie de nuit, il n'a jamais été fou de ça.
Les soirs de concert, il se pointe au théâtre dès la mi-journée afin de se préparer à la «rencontre avec les gens». Il y a un grand respect dans l'appréhension de cette communion qui est sa quête depuis un demi-siècle.
Il chante sans télésouffleur. Et s'il se trompe, s'il oublie des paroles? «Avec le temps, on trouve que ce n'est rien, répond-il. Léo Ferré se trompait.»
Julien Clerc a chanté sur la grande scène des plaines d'Abraham, l'an dernier, en ce jour fatidique où un chauffard fou lançait son camion sur une foule rassemblée à Nice. «C'est [Robert] Charlebois qui me l'avait appris en coulisses», se souvient-il. À la toute fin de son spectacle, il avait exhorté les spectateurs à «laisser entrer le soleil» et à chanter avec lui ce refrain pacifique.
Cette année, c'est l'élection d'un nouveau président (Emmanuel Macron) qui venait de faire les manchettes en France. «On a échappé au pire avec Macron, a-t-il commenté. On a échappé aux extrêmes. Notre pays est difficile à gouverner. Il a besoin de réconciliation.»
Au moment de cette entrevue, Julien Clerc se trouvait à Londres pour enregistrer un nouvel album. S'il multiplie des allers-retours entre Paris et la capitale anglaise, c'est dans la Ville lumière qu'il continue à gagner sa vie. Et les vacances de juillet et août, entre ses deux séries de spectacles au Québec, il les passera sur un bateau en Méditerranée.

Vous voulez y aller?
Quoi: Julien Clerc - La tournée piano
Quand: les 16 et 17 juin, et le 26 septembre
Où: Palais Montcalm
Billets: 82,50 $