Julie Thériault est pianiste, compositrice, enseignante et artiste peintre. À 42 ans, elle retourne sur les bancs d’école pour obtenir sa maîtrise en

Julie Thériault: deux moitiés d'un tout

Pour résumer le double parcours artistique de Julie Thériault, on pourrait dire qu’elle compose avec la tête et qu’elle peint avec le cœur. Deux médiums qui permettent à la Montréalaise se décrivant elle-même comme «divisée» de trouver son juste milieu dans la création.

«Quand il faut que je me définisse, habituellement, c’est dans l’un ou dans l’autre. Un à la fois, pas en même temps. Mais quand je parle de ma démarche artistique, pour moi, c’est un complément parfait. C’est deux moitiés qui font un», explique l’artiste, qui lancera le 12 avril Projections, un deuxième album instrumental à son nom sur lequel son piano côtoie les cordes de l’Orchestre symphonique de Bratislava et le violon de la soliste Annie Guénette. Rappelons que le public a d’abord eu l’occasion de l’entendre sur disque au sein du duo Julie and the Wolf, maintenant dissous. 

Pianiste, compositrice, enseignante et artiste peintre, Julie Thériault n’en est pas à sa première réinvention. Motivée par son attrait pour les sciences, elle aurait pu devenir ingénieure : elle s’est inscrite à l’École polytechnique avant de choisir le piano classique et d’obtenir un diplôme en interprétation de l’Université de Montréal. Passionnée d’enseignement, elle a fondé l’École de musique du collège Jean-de-Brébeuf avant de voir son rêve «brisé» par un conflit qui se résoudra devant les tribunaux. Ce moment difficile sur le plan personnel — elle a notamment perdu son père et raconte avoir souffert de dépression — la poussera à prendre les pinceaux. 

«Ce n’était pas rationnel. C’était une nécessité. Mon père était collectionneur. Il a aidé des peintres comme [Stanley] Cosgrove, René Gagnon… J’ai été élevée avec une collection de peintures hallucinantes. C’était toujours dans ma tête, mais je n’avais pas envie de recommencer un parcours d’enseignement classique. Je ne voulais pas apprendre à bien dessiner, je voulais créer mon propre langage. J’ai choisi une école qui avait cette approche-là», note celle qui a vu ses toiles exposées à Montréal, mais aussi à New York et en France.

«La peinture était une façon de complètement sortir de mes repères et de mon côté musical mathématique, ajoute-t-elle. C’était de juste jouer avec mes mains et des couleurs comme quand j’avais cinq ans. C’était d’aller chercher l’autre côté du cerveau et de juste créer sans réfléchir.»

Retour aux études

Parallèlement, Julie Thériault a poursuivi son cheminement musical en donnant des cours et en jouant les accompagnatrices. Mais là non plus, elle n’hésitera pas à rebrasser les cartes : à 42 ans, elle est retournée sur les bancs d’école pour obtenir sa maîtrise en composition, musique de films et multimédia. 

«Là, j’ai trouvé ce que je cherchais quand j’avais 20 ans. Quand j’ai écrit pour un orchestre pour la première fois, j’ai retrouvé mon cerveau d’ingénieur. Les vents, les cordes, il faut de la structure. Mon côté mathématique de faire des puzzles, il est complètement satisfait», confie Julie Thériault, qui continue de trouver de la complémentarité dans ses deux arts. 

«Quand je compose, je suis très cérébrale, confirme-t-elle. Mon premier jet est toujours de l’improvisation. Mais après, c’est des heures de travail et je suis très sérieuse quand je fais ça. Quand je peins, c’est beaucoup plus intuitif. Et je me permets plus des accidents de parcours...»

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JULIE THÉRIAULT EN RAFALE

Des artistes qui t’ont influencée, en chanson et en arts visuels?

En musique, je dirais Sergei Rachmaninoff et Philip Glass. En arts visuels, ça serait Mark Rothko et Nicolas de Staël.

Une source d’inspiration?

La nature, la nature, la nature. Et le silence. [Pour une Montréalaise], c’est compliqué. Mais je trouve des moyens. J’habite à côté du Mont-Royal, je vais souvent au cimetière… Les gens sont très tranquilles, là!

Un moment charnière?

La mort de mon père, la dépression dont j’ai souffert et mon rêve d’école de musique qui s’est écroulé, ç’a fait naître autre chose. Et le retour à l’école [en musique] en est certainement un. Ç’a tout réaligné. J’ai pris une décision et tout a suivi. 

Si tu avais à choisir entre musique et peinture, laquelle choisirais-tu?

La musique. Même si je trouve ça difficile de composer, je trouve ça laborieux, j’ai trop de plaisir à chercher. Ce sont des moments où je suis tellement dans le moment présent que j’oublie tout le reste. Je suis complètement motivée par le résultat final. En musique, il y a beaucoup plus d’étapes au processus. En peinture on est toujours seul. En musique, je suis dans ma bulle pendant des mois et après, je collabore avec d’autres. Cette étape où je sors de ma tanière et où ça commence à prendre forme, j’adore ça.