Judas Priest a lancé son 18e album, Firepower, en mars.

Judas Priest: toujours le feu sacré

Près de 50 ans après sa fondation, Judas Priest a toujours le feu sacré. Si son alignement a changé au fil du temps, ce pilier de la scène heavy metal anglaise maintient le cap : lancé en mars, son 18e album, Firepower, a reçu un accueil plus que positif. Et voilà que les vétérans ont pris la route pour un tour du monde qui s’arrêtera à Québec jeudi, dans un plateau-double avec les compères de Deep Purple présenté au Centre Vidéotron. Discussion avec le bassiste Ian Hill, seul musicien de cette tournée à avoir joué sur tous les albums du groupe.

Q Vous tournez actuellement avec Deep Purple. L’ambiance est bonne?

R C’est bon de retrouver Deep Purple une nouvelle fois. On connaît Roger [Glover] depuis longtemps. C’est lui qui avait réalisé notre album Sin After Sin en 1977. Donc c’est agréable de reprendre de ses nouvelles. Sans doute qu’on aura l’occasion d’aller au pub pour se rappeler des souvenirs! Et c’est un programme intéressant d’avoir deux bons groupes heavy metal qui jouent sur la même scène. 

Q Votre dernier album a été très bien reçu, faisant bonne figure sur les palmarès dans plus d’une quinzaine de pays. Quelle a été votre réaction?

R Nous ne nous attendions certainement pas à cette ampleur. Ç’a été une très bonne surprise. Richie [Faulkner], Glenn [Tipton] et Rob [Halford] ont effectué la majorité du travail d’écriture et la première fois que j’ai entendu les démos, j’ai su que ça serait un album fort. Nous avons travaillé avec une super équipe de production, avec les réalisateurs Tom Allom et Andy Sneap et l’ingénieur de son Mike Exeter. Ils ont fait un travail gigantesque sur le son de cet album. Ils méritent le crédit! Nous, tout ce que nous avons à faire, c’est de jouer. Ce sont vraiment eux qui arrivent à faire sonner les chansons comme elles le font. Tout est juste tombé en place. Des radios ont mis quelques chansons en rotation, ce qui est une bonne chose. En fait, c’est vraiment très bon, parce que nous arrivons sur scène avec du nouveau matériel et nous nous rendons compte que les gens le connaissent et chantent avec nous au lieu de nous regarder avec un regard vide. Ça, c’est une bonne nouvelle! Nous avons été pris par surprise par l’ampleur de la popularité de cet album. 

Q Jouez-vous plusieurs nouvelles pièces pendant la présente tournée?

R C’est un cauchemar de dresser la liste des chansons que nous jouons en spectacle. C’est un cauchemar plaisant, mais ça reste un cauchemar! Pendant ce segment de la tournée, nous allons probablement en jouer trois ou quatre nouvelles, dépendamment du temps que nous avons. Comme nous partageons la tête d’affiche avec Deep Purple, les deux groupes ont dû raccourcir leur spectacle un peu. Ça nous complique encore un peu plus la tâche pour choisir ce qu’on va jouer. Nous essayons de trouver un équilibre entre les pièces favorites des fans, celles qu’on ne peut pas laisser derrière, des chansons plus vieilles qui n’ont pas été jouées depuis longtemps et à travers tout ça, nous essayons d’intégrer le plus de nouveau matériel possible. 

Q Vous évoquez vos classiques qui ont marqué les fans… Sentez-vous de la pression lorsque vous créez de la nouvelle musique?

R Pas vraiment, non. Nous avons toujours travaillé dans l’idée d’enregistrer ce que nous ressentons. Comme nos personnalités ne changent pas vraiment, notre son général demeure similaire aussi. Il y a eu quelques exceptions où nous avons exploré des avenues un peu différentes, avec Turbo ou Nostradamus, par exemple. Mais la signature de Judas Priest est reconnaissable. Nous essayons de pousser un peu plus loin à chaque album et à chaque tournée, de rendre les choses un peu meilleures. C’est ce que nous avons fait depuis le début, il n’y a pas d’effort conscient à se dire : les fans vont aimer ou ne vont pas aimer. […] Nous sommes chanceux d’avoir des fans fantastiques qui nous ont suivis et qui ont aimé la musique que nous avons proposée. 

Q Sentez-vous que vous avez gagné de nouveaux fans grâce aux plateformes d’écoute en ligne?

R Clairement. Il y a beaucoup plus de jeunes à nos concerts. Il y en a aussi de mon âge, mais la plupart sont pas mal plus jeunes que moi! Le streaming a du bon. Certainement pas d’un point de vue financier, parce que nous recevons une fraction d’un sou quand nos chansons sont jouées. Mais c’est bon que chaque personne qui a accès à un ordinateur ait aussi accès à toute cette musique. Je dirais que c’est bon et mauvais en même temps.

Q En 2011, la tournée mondiale Epitaph avait été présentée comme la tournée d’adieu de Judas Priest. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?

Nous voulions ralentir la cadence. Nous réalisons que nous ne sommes plus de petites jeunesses! Mais nous voulions préserver le groupe aussi longtemps que possible. Et là, Richie [Faulkner, en remplacement du guitariste K.K. Downing, qui a quitté le groupe en 2011, NDLR] est arrivé et il a injecté toute une dose d’enthousiasme et d’énergie. Nous revoilà dans une tournée plus intense que jamais. Nous avons du plaisir, c’est une expérience formidable. C’est certain qu’il y a une retraite à l’horizon. À quel moment atteindrons-nous cet horizon? Je l’ignore!

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HEAVY METAL ET CULTURE POP

S’ils ont certainement influencé plusieurs musiciens au fil de leur longue carrière, les membres de Judas Priest, présents et passés, peuvent aussi se vanter de faire résolument partie de la culture pop grâce à leur son, leur look et leur histoire. 

À titre d’exemple, notons le film Rock Star de Stephen Herek, qui serait inspiré d’un chapitre de la carrière du groupe. Alors que le chanteur Rob Halford avait momentanément quitté le navire, dans les années 90, il a été remplacé par Tim «Ripper» Owens, remarqué au micro d’un groupe hommage à Judas Priest. Le scénario du film présente des ressemblances frappantes, mais selon le bassiste Ian Hill, il demeure une œuvre de fiction. «Au final, ça n’avait pas tant à voir avec Judas Priest à part que ça parle d’un gars qui devient le chanteur de son band préféré», indique-t-il.

En 2014, le groupe anglais a aussi été immortalisé dans un épisode de la série animée The Simpsons, entonnant son succès Breaking the Law, transformé pour l’occasion en Respecting the Law. «C’était génial! lance Ian Hill. Nous connaissons assez bien l’une des productrices, elle vient nous voir en concert de temps en temps. Ç’a été vraiment le fun. C’est un exemple de reconnaissance quand les gens prennent le temps de vous caricaturer.»

Fait cocasse, les scénaristes ont à deux reprises qualifié la musique des Anglais de «death metal» pendant le court extrait… Une méprise corrigée dans le générique d’ouverture d’un autre épisode, alors que Bart Simpson, toujours en punition à copier des lignes au tableau de sa classe, a écrit à répétition : «Judas Priest n’est pas du death metal.»

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GLENN TIPTON, UN «INVITÉ» OCCASIONNEL

S’il a bien mis sa griffe sur l’album Firepower, le guitariste Glenn Tipton a annoncé en début d’année qu’il ne suivrait plus ses complices de Judas Priest en tournée. Atteint de la maladie de Parkinson depuis une dizaine d’années, le musicien a préféré céder sa place sur les planches. Mais il se réserve le droit de reprendre la guitare momentanément, si le cœur lui en dit. 

«Il est là à l’occasion, confirme le bassiste Ian Hill. Ça dépend de comment il se sent. Ses transports sont toujours organisés, ses chambres sont réservées. Tout est toujours prêt pour lui s’il est assez en forme pour monter sur scène. Il va certainement se pointer à un moment ou l’autre dans ce segment de la tournée. Peut-être même au Canada. Mais de grâce, n’achetez pas un billet dans l’espoir de le voir, parce qu’il est possible que ça n’arrive pas et je ne voudrais pas que des gens soient déçus. Mais ça pourrait aussi très bien arriver...» 

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VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui : Judas Priest et Deep Purple (avec The Temperance Movement)

Quand : 30 août à 19h

Où : Centre Vidéotron

Billets : 91,50 $ à 112,75 $

Info : www.lecentrevideotron.ca