La chanteuse Karen Young

Joni Mitchell en toute simplicité

CRITIQUE / En parfaite symbiose, dans un spectacle livré en toute simplicité, Karen Young et la pianiste Marianne Trudel ont communié à l’œuvre de Joni Mitchell, jeudi soir, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre. Une voix et un piano, c’est tout ce dont le duo a eu besoin pour revisiter en une douzaine de chansons l’œuvre de la grande artiste canadienne.

Il s’agissait d’un «grand jour» pour les deux amies qui livraient le «premier concert officiel» dans la foulée de la parution de leur album Portraits of Joni Mitchell. De leur rencontre, il y a quelques années, dans un camp musical, au Saguenay-Lac-Saint-Jean est né ce désir de faire revivre la musique de leur idole, auteure de 19 albums en quatre décennies. «On aimait trop Joni Mitchell, il fallait faire un spécial», a souligné Marianne Trudel.

S’adressant tour à tour à l’assistance — un micro devant son piano aurait évité à Marianne Trudel de se lever à chaque fois… — les deux femmes n’ont pas été avares de commentaires sur chaque pièce, l’une n’hésitant pas à ajouter aux commentaires de l’autre, dans une ambiance intimiste et bon enfant, entre deux sourires complices.

Pour le très jazzé California, parue sur l’album Blue, en 1971, Karen Young — dont la ressemblance avec l’actrice Diane Keaton m’a habité toute la soirée... — s’est souvenue de son road trip, avec «le char» de son père jusqu’à Hollywood. Pour Cherokee Louise, la chanteuse a évoqué une période charnière de la jeune Joni et de son amitié avec une autochtone.

C’est dans une version «un peu différente» de l’originale, voire déconstruite, que Young a livré le morceau Shine, la chanteuse confiant au passage avoir toujours craqué pour les magnifiques pochettes des albums de Mitchell, qu’elle dessinait elle-même. Chanson à message s’il en est une : «Shine on your Frankenstein technology»…

Bouleversant

À partir d’un morceau connu de deux ou trois inconditionnels, Sunny Sunday, que Marianne Trudel a accompagné en partie debout, en pinçant les cordes de son piano, la chanteuse a effectué une transition inattendue et toute en douceur vers le méditatif Both Sides Now, sans doute la pièce la plus connue de la vaste discographie de Mitchell. Un moment bouleversant, livré avec beaucoup d’émotions, qu’on aurait aimé voir s’étirer à l’infini.

En rappel, à l’issue d’une représentation qui n’aura pas fait veiller personne très tard (seulement 80 minutes, incluant le rappel), les deux femmes ont évoqué Georges Brassens et sa chanson Mourir pour des idées pour Borderline, dénonciation des frontières qui se dressent de plus en plus entre les pays , à notre époque de repli identitaire et de nationalisme exacerbé. «Il faut chercher des points communs entre nous plutôt que dresser des frontières», a conclu Karen Young, en écho aux messages de paix et de pacifisme que Mitchell a véhiculés tout au long de sa carrière.