Malgré le passage des ans, la passion de Ian Anderson n’a pas vieilli d’un iota.

Jethro Tull: nostalgiques retrouvailles

CRITIQUE / Soirée de retrouvailles magique pour Jethro Tull et ses indéfectibles fans de la capitale, jeudi soir, au parc de la Francophonie. Dans une forme splendide, du haut de ses 71 ans, Ian Anderson a revisité en compagnie de ses cinq musiciens, sous le signe d’une joyeuse nostalgie, un répertoire qui a traversé cinq décennies.

D’entrée de jeu, sur l’air de Beggar’s Farm, des vidéos en noir et blanc, projetées dans un immense téléviseur vintage, mélange d’images d’actualité d’époque et de l’évolution du groupe au fil des ans, rappelait que Anderson avait vu neiger. Malgré le passage des ans, sa passion n’a pas vieilli d’un iota.

Anderson a montré qu’il n’avait rien perdu non plus de son charisme. Plus d’une fois, sa célèbre flûte, indissociable du personnage de ménestrel du rock progressif, a ensorcelé la foule. Pendant l’indémodable Bourée, accompagné à la guitare par Florian Ophale, le chanteur a fait craquer les milliers de baby-boomers, cordés serrés, qui remplissaient l’endroit au bouchon.

Sur Too Old to Rock and Roll, Too Young to Die, un vent de nostalgie a soufflé, avec une vidéo montrant le musicien dans ses folles années, avec une chevelure abondante qui tranche avec son crâne dégarni d’aujourd’hui. Vraiment pas trop vieux pour le rock’n roll, le monsieur. Et d’après ce qu’on a en vu, trop jeune aussi pour mourir.

À mi-parcours, après un petit mot de Claude Nobs, fondateur du Festival de jazz de Montreux, le succès Thick as a Brick a littéralement fait battre des mains. Flûte aux mains, parfois sur une jambe, Anderson s’en est donné à cœur joie.

Tout au long de la soirée se sont succédé de courts témoignages de quelques ex-membres du groupe, dont Mick Abrahams et John Evans. Des invités-surprises, comme Toni Iommi, de Black Sabbath, chaleureusement applaudi, sont également apparus pour saluer les 50 ans d’existence de la formation.

A Song for Jeffrey, Dharma For One, Cross Eyed Mary, A New Day Yesterday, Heavy Horses, la troupe a livré avec brio quelques-uns des morceaux du vaste répertoire de Jethro Tull. Avec, comme point d’orgue, le succès des succès, Aqualung, et ses premiers accords, reconnaissables entre mille, reçu sous un tonnerre d’applaudissements. Les écrans de iPhone ont illuminé le parc dans le temps de le dire pour immortaliser ce moment d’anthologie.

Malgré la générosité d’Anderson et de ses quatre musiciens (Ophale, Scott Hammond, John O’Hara et David Goodier), les festivaliers ne les ont pas laissés partir sans un rappel, en l’occurrence décliné sous la puissance rythmique de Locomotive Breath, pas question de l’oublier celle-là non plus.

Sur la scène, Anderson et sa flûte n’avaient rien perdu de leur énergie. La foule en aurait pris encore et encore.

S’il y avait du monde heureux à Québec jeudi, en fin de soirée, ils étaient tous au pied du Complexe G et nulle part ailleurs.

C’était clair qu’on n’aurait pas droit, juste avant Jethro Tull, à du Carmen Campagne avec Yamantaka//Sonic Titan, de son nom au complet.

Yamantaka//Sonic Titan
En japonais, yamantaka signifie terminator de la mort. C’était clair qu’on n’aurait pas droit, juste avant, à du Carmen Campagne avec Yamantaka//Sonic Titan, de son nom au complet. Adepte de musique expérimentale et d’art de la performance, le band canadien, créé à Montréal en 2017 mais installé à Toronto depuis, donne dans un rock hybride qui déménage, avec une propension pour les accords répétitifs et lancinants. Les maquillages des six musiciens, croisement de ceux de Kiss et des comédiens du théâtre , a ajouté à l’aspect out of nowhere de l’expérience. Au final, quelques rares applaudissements. On sentait que le public avait pas mal hâte à Jethro Tull…

Altin Gün
En lever de rideau, le groupe néerlandais Altin Gün, à sa première visite à Québec, a été chargé de réchauffer l’assistance, dans la mesure où l’expression pouvait faire sens en cette soirée de canicule, avec ses entraînantes sonorités inspirées de reprises de rock psychédélique turc des années 1960 et 1970. Le temps d’une dizaine de chansons, dont plusieurs ont mis en valeur le saz (luth oriental), on se serait cru en train de fumer le narghilé dans un bar d’Istanbul. Une belle et puissante invitation au voyage.