Paix, amour et le pouvoir au peuple est le credo chanté par Jesse Royal, qui fait partie de la nouvelle vague du reggae.

Jesse Royal: laisser le bon temps rouler

CRITIQUE / Les dieux rastafari veillaient sur la soirée reggae au 50e Festival d'été de Québec. Il faisait un temps splendide jeudi soir pour cette musique indolente imprégnée de soleil et d'odeur de pot... Les festivaliers ont laissé le bon temps rouler et rempli à ras bord place d'Youville, se trémoussant, chantant et balayant l'air de leurs bras sous les incantations des Jamaïcains Jesse Royal et Jo Mersa Marley.
Paix, amour et le pouvoir au peuple est le credo chanté par Jesse Royal, qui fait partie de la nouvelle vague du reggae. Rien d'original, si ce n'est que le chanteur de 28 ans contribue à faire revivre le genre, avec tout ce que ça comporte de standard. «C'est un beau temps pour être heureux et fumer de la mari», a-t-il lancé avant d'entamer une chanson dont le refrain se résume à «it's ganja time»...
Royal était accompagné d'un quatuor de musiciens accomplis, dont un très bon guitariste qui a servi quelques solides solos rock'n'roll. Les compositions du chanteur de Kingston ne se distinguent pas outre mesure, mais l'éternel optimiste a beaucoup de charisme, d'énergie et sait comment charmer la foule, qui lui obéissait au doigt et à l'oeil. 
C'est un original aussi : Royal nous a gratifié d'un long monologue sur sa croyance dans le fait que Dieu est une femme magnifique. Ainsi qu'un fier père : il a composé Lili From the Valley après la naissance de sa première fille l'an passé. 
Si vous devez vous souvenir d'une seule chose, a-t-il dit avant de partir, c'est que «nous sommes la génération du changement.» On verra.
Jo Mersa Marley est le petit-fils du légendaire Bob Marley.
Jo Mersa Marley
Bon sang ne saurait mentir: Jo Mersa Marley, petit-fils du légendaire Bob Marley et fils de Stephen, a commencé sa prestation avec Everything's Gonna Be Alright, histoire de contenter les festivaliers. Que la foule ne s'est pas fait prier pour reprendre en choeur. 
Comme le chanteur de 26 ans essaie de se faire un prénom, il est rapidement passé à son matériel, beaucoup plus contemporain : son reggae est infusé de dancehall (une variante du reggae) et de hip-hop, surtout dans le phrasé. Résultat : un reggae au rythme plus rapide. 
Le chanteur n'a pas une voix stupéfiante (sans mauvais jeu de mots), mais l'intensité compense. Sauf que comme bien souvent dans le genre, on avait l'impression d'entendre la même chanson. D'ailleurs, il a encore des croutes à manger, Jo Mersa.
Peu importe : tout ce que Québec compte de rasta s'était donné rendez-vous, dans une atmosphère bon enfant. À peine a-t-on senti quelques effluves de pot. Très paix et amour comme prestation. D'ailleurs, le Jamaïcain a conclu avec One Love et Could You Be Loved (en version reggae électro-pop), de son illustre ancêtre. La boucle était bouclée.
High & Mighty Brass Band
Difficile de demander mieux en ce début de soirée radieux que le High & Mighty Brass Band. Les huit musiciens de Brooklyn, dont cinq cuivres comme l'indique leur nom, font du «jazz avec une twist», c'est à dire avec des doses de R&B de La Nouvelle-Orléans, d'afrobeat et de hip-hop - leur percussionniste Chauncey Yearwood chante parfois. Le collectif a d'ailleurs fait une reprise très funk de Hard Time de Baby Huey (1971), popularisée par Curtis Mayfield et repiquée par John Legend avec The Roots.
Ai-je besoin d'écrire que la place d'Youville s'est rapidement remplie? Les festivaliers étaient charmés par le groove d'enfer, mais aussi l'affabilité des gars, très easy going, comme ils disent à New York. Tsé, quand une de leur compo s'appelle Acid Washed Jeans... La troupe était manifestement très heureuse d'être là. Et ça sonnait, les amis! Wow!