«Les Inuits ont 42 mots pour nommer la neige. Le mot chill est tellement utilisé, ça doit bien représenter notre mode de vie», croit le chanteur Jérôme 50.

Jérôme 50: éloge de la «hiérarchill»

Il se dit aussi fan de Richard Desjardins que de Rihanna, il a piqué son nom d’artiste à une marque de bière et il écrit des chansons où il cite Nelligan, rend un hommage dansant au Québec et fait l’apologie d’un petit joint au réveil. Avec des idées bien assumées, une dégaine cool et des ambitions de devenir ministre, Jérôme 50 débarque cette semaine avec un premier album, La hiérarchill.

Attablé à la Librairie Saint-Jean-Baptiste, un bouquin de Réjean Ducharme en main, Jérôme Charette-Pépin a l’air d’un grand ado. Il ne reniera sans doute pas la description: «Moi, j’ai encore 17 ans. Je traîne dans les parcs», laissera tomber en cours d’entrevue celui qui dit écrire des chansons depuis qu’il a 11 ans. «Je n’ai jamais arrêté. Je fais juste ça.»

En fait, ce n’est pas vrai. Le jeune homme qui a poussé à L’Ancienne-Lorette a aussi fait des études en éducation et en linguistique. «J’ai un bac, mautadit! C’est mes parents qui l’ont payé et quand je vais recevoir mon diplôme, je vais leur donner!» rigole l’auteur-compositeur-interprète, avançant vouloir faire une maîtrise sur le terme chill, inclus à son titre d’album.

«Je voudrais voir à quel point les mots qui portent un sens d’immobilité — comme vedger, relax, chill — sont plus fréquents qu’avant en français et dans les langues occidentales. C’est quelque chose que j’ai remarqué en étudiant les théories du langage. La langue d’une société est teintée par son mode de vie. Les Inuits ont 42 mots pour nommer la neige. Le mot chill est tellement utilisé, ça doit bien représenter notre mode de vie.»

Voilà donc ce qui nous amène à sa «hiérarchill», terme à connotation politique que Jérôme 50 a choisi pour décrire un choc générationnel qu’il observe. «On dit que les jeunes sont décrocheurs, qu’ils ne font rien. Si les jeunes ne font rien, c’est peut-être parce que ça ne leur tente pas de faire ce que la société leur dit de faire. La hiérarchill, c’est mes chums de L’Ancienne-Lorette qui fument encore du pot au parc à l’âge de 24 ans, qui n’ont pas leur cégep et qui disent: “non, moi je n’embarque pas dans votre système et je ne passerai pas ma jeunesse à genoux”», analyse l’artiste, qui voit grand pour l’avenir.

«Éventuellement, je vais être ministre de l’Éducation, prédit-il. Québec solidaire rentre [au pouvoir] dans 12 ans. Je vais me proposer et les choses vont changer drastiquement. Jamais il y aura eu autant de jeunes qui vont triper à aller à l’école.»

Chansons libres

Maintenant installé dans le quartier Saint-Roch, Jérôme Charette-Pépin a trouvé son nom d’artiste sur une casquette ornée du logo de la bière Labatt 50 trouvée chez sa grand-mère. Il voit aussi dans ce nom chiffré un clin d’œil à son adolescence punk-rock. «Je suis né en 1994, note-t-il. J’ai grandi dans la fin de Blink 182 et dans l’apogée de Sum 41.»

Réalisé par Philippe Brault, son album niche toutefois loin du punk-rock et plus près d’une chanson de style libre, qui ne s’embarrasse pas d’étiquettes… Il y chante l’amour — «Je t’aime tellement que je vomirais mon cœur dans ta face» — sur des cordes élégantes. Il évoque à maintes reprises et sur plusieurs tons une substance qui sera bientôt légale : «Faut croire que l’avenir appartient à ceux qui s’lèvent stone!» Et il livre un réjouissant plaidoyer pour que les jeunes restent — et tripent — au Québec dans le dansant récit de cette Rosalie et de son jeu de chaises musicales autour du monde.

«Je pense qu’on a quelque chose à construire ici, confie-t-il. C’est dommage si tous les jeunes socialistes-granolas-gauchistes qui rêvent d’un avenir meilleur sacrent leur camp pendant deux ans au Guatemala. Je trouve ça plate.»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Quoi: Lancement de l’album La hiérarchill

• Quand: 11 octobre à 20h

• Où: Maison de la littérature

• Accès: gratuit