Pour Jason Mraz, l'écriture représente un exercice pour «échapper au désastre» et tenter d'être optimiste.

Jason Mraz: optimiste, contre vents et marées

Il y a toujours eu des sourires et des rayons de soleil dans la musique de Jason Mraz, l'Américain auquel on doit le succès I'm Yours. Mais celui qui partage son temps entre la scène et sa ferme californienne confie qu'il lui est difficile d'être optimiste ces jours-ci. Il nous a expliqué pourquoi, en plus de s'ouvrir sur d'autres sujets, dont la genèse de son sixième album, quelques heures avant de monter sur les planches du Capitole.
Q Vous êtes une personne optimiste, on l'a régulièrement entendu dans vos chansons, mais est-ce difficile de l'être avec le climat politique qui prévaut aux États-Unis et ailleurs dans le monde? 
R Oui, absolument, et une grande portion de mes écrits optimistes sont le reflet de moi qui tente d'être optimiste. J'utilise l'écriture dans ma vie personnelle comme un exercice pour échapper -pas à la dépression, ce n'est pas sérieux à ce point- mais au désastre, quand je sens qu'on est maudits. Et j'utilise l'écriture comme une façon de reprogrammer mon langage. Par exemple, au lieu de dire «je crois qu'on est foutu, je veux abandonner», je vais plutôt chanter «je ne vais pas abandonner» et c'est un effort conscient pour reprogrammer mon langage, pour ne pas que mon cerveau ait le dessus. Et je sens que si je peux partager ce type de langage, avec des gens qui chantent avec moi, leur langage aussi se transformera et l'optimisme se propagera. 
Q Est-ce difficile de concilier les exigences de la vie d'artiste, incluant les périodes de création, avec le travail sur votre ferme, où l'on trouve notamment une plantation d'avocats? 
R Je codirige beaucoup de projets. Je crois que c'est probablement parce que moi et ma femme n'avons pas d'enfants que nous parvenons à gérer tous ces projets. Elle est une précieuse partenaire pour m'aider à développer la ferme avec une vision à long terme. La ferme a des objectifs à atteindre chaque saison, que ce soit nourrir, semer, obtenir les certifications biologiques, et je suis capable d'embaucher mes amis sur la ferme et d'apprendre de fermiers qui sont des mentors. [...] Je sens que tout ce que je fais, que ce soit de l'agriculture, de l'activisme, du yoga ou de l'écriture, tout ça m'aide pour apprendre comment gérer ma carrière et vice-versa... 
Q Vous aviez l'habitude de partager une portion de vos soucis, de vos pensées dans votre site Web, mais vous n'avez pas été aussi actif dernièrement. Pourquoi? 
R Surtout parce que je sens qu'Internet génère plus de bruit. Il y a dix ans, quand le mot blogue a commencé à apparaître, j'étais plus actif. Mais désormais, il y a tellement de bruit que je ne veux pas y contribuer, à moins que je sente que le message est urgent et factuel. Alors, quand j'écris, c'est soit pour le site de ma ferme ou alors en écrivant personnellement pour une chanson. C'est plus facile aussi quand l'album est terminé, parce que j'ai davantage de temps libre pour partager mes pensées. 
Q Vous arrivez au dernier album de votre contrat avec votre compagnie de disques. Est-ce que ceci aura un impact sur la direction artistique? 
R Je veux faire le meilleur travail possible. Ce qui inclut avoir des messages qui sont urgents pour la période actuelle, mais avec des mélodies qui, je l'espère, dureront plus longtemps que cette seule période. Ç'a toujours été mon but : créer de la musique qui soit heureuse et signifiante. 
Q Vous avez une idée quand cet album paraîtra? 
R Non, je croyais que ce serait déjà paru... C'est aussi parce que le paysage musical change continuellement. Par le passé, mon succès est arrivé -et c'est ma vision, je ne sais pas si ce sont des données vérifiables- quand il y avait une fatigue de quelque chose, quand il y avait un certain son qui jouait continuellement et que les oreilles s'en lassaient. Le temps était venu pour une voix délicate, qui chante des pièces acoustiques, pour rafraîchir la palette sonore. Pas pour changer la donne, simplement pour prendre une pause. Et qui sait quand ce sera le cas de nouveau, peut-être à ce moment où la musique des DJ et le rap sont très présents. Peut-être que ma musique se faufilera le temps d'une pause pour vos oreilles... 
Q Votre séjour au Québec est particulier : les concerts ont été annoncés environ un mois avant votre passage et vous vous produisez en solo, plutôt qu'avec votre formation, comme c'est surtout le cas ailleurs. Comment cette idée a pris forme? 
R Techniquement, je ne suis pas dans un cycle de tournée d'album, mais je voulais sortir et jouer. On a regardé sur la carte du monde en nous demandant où nous n'étions pas allés depuis longtemps et où, par le passé, les fans étaient au rendez-vous. Donc, j'ai lancé ce processus en Scandinavie, où je n'étais pas allé depuis 8 ans et on a eu un excellent accueil. [...] J'ai senti aussi que ce serait important de renouer avec le public, comme si je repartais du début.