Dans «Loveshit II», Jason Bajada a brodé un album double: un disque plus lumineux et un autre plus sombre, avec une plume incisive qui ne censure pas les idées suicidaires, mais des mélodies qui tirent le tout vers le haut.

Jason Bajada: tourner la page

Début septembre, Jason Bajada a lancé «Loveshit II (Blondie & The Backstabberz)», une collection de 20 chansons nées d’une peine d’amour, d’une série de trahisons et d’une période dépressive truffée d’idées noires. Un matériel lourd à porter sur scène? Pour le principal intéressé, c’est plutôt le contraire…

«Là, je dirais que la page est tournée. Dans la création, ç’a été difficile, ç’a été douloureux. Mais je ne suis plus dans ce marasme. Le studio a été la plus belle expérience de ma vie. On a vraiment eu du plaisir à le faire, même si le propos était plus sombre à l’occasion. Dès que le disque est sorti, j’ai été dans le plaisir de le jouer», assure l’auteur-compositeur-interprète, qui fait escale au Théâtre Petit Champlain jeudi soir.

Pour dire vrai, c’est son album précédent, Volcano (2016), qui a été créé au plus creux de la vague, précise Jason Bajada. «Je vivais ce que je raconte sur Loveshit II pendant que j’étais en studio. J’étais couché par terre, je souffrais d’anxiété sévère, je n’étais pas du monde. Parce que ça fait longtemps que je fais de la musique, j’étais capable d’opérer dans ces conditions-là, de faire des spectacles et des entrevues en étant un peu un robot», décrit le musicien, évoquant avoir pendant un moment perdu ses repères. «C’est toutes les sphères de ma vie professionnelle, amicale, romantique qui étaient complètement contaminées», avance-t-il. 

Avec Loveshit II, il a brodé un album double tout en dualités: un disque plus lumineux, un autre plus sombre; une plume incisive qui ne censure pas les idées suicidaires, mais des mélodies qui tirent le tout vers le haut. 

Transparence

Jason Bajada ne nie pas que le lancement de son dernier album a été chargé d’émotions et a suscité de nombreuses réactions. En présentant ces pièces déjà plutôt explicites, il n’a pas hésité en entrevues à se confier sur les épreuves qu’il a vécues. «Il y a des gens qui m’écrivent en privé pour me remercier de m’être tant ouvert. Il y en a qui trouvent ça trop lourd. Rendu là, tu ne peux pas plaire à tout le monde», évoque le musicien, qui parle de santé mentale davantage par souci de transparence que parce qu’il en ressent la responsabilité. 

«Je ne sais pas ce que la musique peut vraiment faire à part créer un sentiment de: “OK, il n’y a pas juste moi qui vis ça”, lance Jason Bajada. Et encore là, je n’ai même pas de solution… J’ai été hyper chanceux de juste me tourner la tête vers la bonne lumière. Ç’a fonctionné pour moi dans cette période-là. [L’aide], je l’ai cherchée un peu partout et ça ne marchait pas. J’ai consulté pendant un an une psychologue, je l’ai flushée et je me suis retrouvé à l’hôpital quand même. C’est complexe, la maladie mentale, le désir d’en finir ou de s’en sortir…»

Fait rare pour Jason Bajada, il n’a pas écrit depuis la sortie de son dernier disque, sauf le temps d’une collaboration avec Matt Holubowski et Aliocha qu’on risque d’entendre avant longtemps. Pour le moment, il en est plus à écouter: il a lancé fin 2017 un podcast (Bajada Dialogues, disponible sur iTunes) dans lequel il converse avec diverses personnalités. Holubowski et Philippe Brault y sont déjà passés, Guillaume Wagner, Safia Nolin et Ingrid St-Pierre sont, nous dit-il, de ceux qui suivront prochainement. 

«Là, je suis un peu tanné de parler de moi, laisse tomber Jason Bajada. Ça fait du bien d’écouter l’histoire des autres!»