Mario Tessier n’évite pas toujours les clichés, mais réussit aussi à surprendre avec son spectacle «Transparence», surtout vers la fin, avec une spirale hyperactive déjantée.

Jasette thérapeutique avec Mario Tessier

CRITIQUE / Avec son deuxième spectacle solo, Mario Tessier entraîne les spectateurs dans une conversation thérapeutique truffée d’imitations, d’anecdotes et de digressions à la drôlerie variable. Prenant le parti de la transparence, il mise sur ses talents de conteur et les nombreuses voix de son répertoire.

Avant même sa première à la salle Albert-Rousseau, son équipe annonçait de nouvelles dates, le 13 février au même endroit et le 18 janvier au Capitole. L’ex Grande Gueule, qui a fait de la télé, de l’animation et de la radio, s’est lancé en solo en 2015 et visiblement, il a trouvé ses aises. Il cultive sa relation avec les spectateurs en trouvant des manières de les interpeller, souvent un à un, au gré de ses anecdotes, jouant la carte de l’ami comique sympathique, qu’il n’a pas besoin de forcer pour qu’on y croit.

Franchise

S’il a cassé la glace avec des blagues peu originales sur le trafic à Montréal (oh misère), il est vite entré dans le vif du spectacle en narrant sa rencontre avec Clint Eastwood, qui lui a dit sans filtre qu’il ne souhaitait pas prendre une photo avec lui. Mario Tessier fait de cette franchise le point de départ de son spectacle Transparence (titre difficile à manquer puisqu’il luit en grosses lettres sur scène et fait l’objet d’un énergique jingle qui ouvre et ferme le spectacle).

Il introduit habilement ses personnages, sa docteure intrusive qui croit qu’il fuit la vérité, sa conjointe Dominique qu’il fréquente depuis vingt ans et ses trois filles, dans le récit de sa crainte de vieillir et de ses réflexes hypocondriaques. Si l’humoriste nage dans des zones familières des angoisses et des frustrations de la quarantaine, il réussit tout de même à garder son discours intéressant, à coup de métaphores colorées et de voix variées.

Il n’évite pas toujours les écueils des blagues trop faciles (de grâce, lâchons Val-Bélair et Vanier), mais réussit à nous surprendre et à nous emporter, surtout vers la fin, dans sa spirale hyperactive déjantée. Croire que son mime du flamand rose qui fait de l’arthrose sera le seul du spectacle serait mal le connaître… 

Il confiera, entre autres, qu’il a eu des injections de botox et qu’il n’aime pas son prénom. Il poussera quelques pointes à Éric Lapointe, qui ne reprendra pas son siège à La Voix, et à Éric Salvail, lorsqu’il évoque sa gêne de s’être trouvé fesses à l’air dans une jaquette d’hôpital devant des inconnus. Mais son humour reste somme toute gentil, plus bondissant que mordant, et sa déferlante de franchise fait penser à l’humour de certaines capsules de l’émission de télé Like-Moi.

Bien ficelé

Mario Tessier repique des détails de ses histoires pour faire des effets comiques et parvient à rattacher plusieurs ficelles en apparence éparses, ce qui donne un texte assez bien ficelé, où on ne sent pas l’enfilade de numéros à thèmes. La mise en scène de Serge Postigo le met en valeur lorsqu’il pousse la chansonnette (avec ma foi une fort belle voix) et lorsqu’il déclame un (vrai) poème écrit sur une boîte de céréales. 

Sans s’émouvoir réellement de sa peur de mourir et de ses questions existentielles, on sent poindre l’ombre d’un sentiment de tendresse en l’écoutant parler, ce qu’on peut rarement affirmer en repensant à un spectacle d’humour.