Le maître du roman noir James Ellroy fait paraître «La tempête qui vient».

James Ellroy: l’Amérique au vitriol et au passé (re)composé

PARIS — Ne l’interrogez pas sur l’actualité, sous peine de le voir quitter la pièce. Pour le maître du roman noir, James Ellroy, «seule l’Histoire compte», en l’occurrence celle de Los Angeles, qu’il fait revivre en 1942 dans une nouvelle fresque testostéronée de haut vol.

«C’est toujours l’Histoire qui a compté pour moi. Le présent, je l’ignore», affirme le célébrissime écrivain du Dahlia noir et de L.A. Confidential, autant connu pour ses formules provocantes que pour ses pavés à la noirceur profonde.

«Je ne parle pas du présent et je ne réponds à aucune question sur le présent. Ça ne m’intéresse pas : je ne veux pas écrire dessus, je ne veux pas en parler et je ne veux répondre à rien d’autre que des questions sur la Seconde Guerre mondiale», lance-t-il, lors d’une entrevue à l’AFP, s’apparentant à un sport de combat.

Rien d’étonnant quand on sait qu’Ellroy est un passionné de boxe, un des seuls programmes télévisés trouvant grâce à ses yeux.

Fini donc les envolées réactionnaires pour l’homme de 71 ans, «en bonne santé», confie-t-il, pour la sortie en français de La tempête qui vient. «Les gens attendent de moi que je fasse part de mes opinions, mais c’est non.»

En revanche, la provocation n’est jamais loin pour l’amateur de chemises à fleurs qui plonge depuis les années 80 dans les recoins les plus sombres de l’Amérique.

Une fois les rodomontades passées, Ellroy est prêt à parler de son nouvel opus (700 pages), qui démarre le 30 décembre 1941, un peu moins d’un mois après l’attaque de Pearl Harbor. À la suite de quoi, des rafles se produisent contre les Américains d’origine japonaise.

Comme toujours chez lui, il est question de flics alcooliques, d’obsessions, de corruption, de racisme, de crimes et d’extrême violence. Certains personnages de précédents livres font leur réapparition, comme Dudley Smith, policier irlandais du LAPD, brutal et sans vergogne.

Pour Ellroy, qui se définit comme un romancier historique plus qu’un écrivain de romans noirs, il s’agit de créer une grande œuvre en reprenant des personnages de son premier quatuor se déroulant dans les années 50, et en les imaginant plus jeunes. En prenant en compte sa trilogie Underworld USA (sur les années 60), il ambitionne de réaliser une gigantesque fresque de l’Amérique sur 31 ans (de 1941 à 1972).

«J’ai inventé un genre»

«Il me reste deux livres à écrire dans ce quatuor. On verra après si j’arrive encore à écrire une seconde trilogie Underworld. Je serai vieux et je ne veux pas devenir comme Philip Roth qui écrivait à la fin des livres de plus en plus courts.

«Ce que je veux, c’est écrire des putains de gros pavés, avec une vision épique et de belles couvertures», dit-il, estimant, un brin mégalo, avoir «créé un genre» à lui tout seul.

Pour La tempête qui vient, cinq ans de travail furent nécessaires, des centaines de notes et la structure du livre résumée... sur 500 pages. «Je connais tous les personnages, tous les schémas historiques, toutes les histoires d’amour, j’écris jusqu’à ce que ça soit parfait», confie celui qui travaille sans ordinateur, dictant à son assistante.