Jakub Jozef Orlinski, jeune homme athlétique au regard mutin, a déjà à son actif deux albums, une flopée de prix et un contrat avec Warner, se produisant dans les salles les plus prestigieuses, du Carnegie à New York au Wigmore Hall de Londres.

Jakub Orlinski, breakdanseur de la scène lyrique

PARIS — Il est aussi à l'aise dans le chant sacré que dans le breakdance. Le contre-ténor polonais Jakub Jozef Orlinski, le plus «millenial» des stars lyriques, fascine autant par sa voix d'ange que par son côté pop-star.

À 29 ans, le jeune homme athlétique au regard mutin a déjà à son actif deux albums, une flopée de prix et un contrat avec Warner, se produisant dans les salles les plus prestigieuses, du Carnegie à New York au Wigmore Hall de Londres.

Globetrotter, avec un côté à la Justin Timberlake, le chanteur baptisé «la star baroque'n'roll» va donner un récital jeudi au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, après avoir chanté à Londres et Barcelone.

Diplômé de l'Université Chopin de Varsovie, sa ville natale, et de la prestigieuse Juilliard School de New York, il a été propulsé star mondiale du lyrique à l'été 2017, un peu malgré lui.

En marge du prestigieux Festival d'Aix-en-Provence, il est invité à la dernière minute à une émission de France musique pour chanter en public un air de Vivaldi et, convaincu qu'il s'agit de la radio, il arrive en chemise à carreaux, bermuda et sneakers.

C'était sans compter la captation vidéo qui depuis, a été visionnée 4,5 millions de fois sur YouTube.

Le team «Skill Fanatikz»

Depuis, les invitations pleuvent et les salles sont combles.

Cet été, le charismatique chanteur, qui reviendra à Aix l'été 2020, fait de nouveau sensation en remplaçant une chanteuse au Festival de Glyndebourne au Royaume-Uni dans une production de Rinaldo de Haendel (la tessiture d'une voix de contre-ténor pouvant correspondre à celle d'une soprano).

Il a fondé il y a 10 ans son «crew» de breakdance «Skill Fanatikz» avec lequel il participe à des compétitions internationales et affirme que la danse a beaucoup apporté à sa présence sur scène.

«Au début, c'était difficile d'allier les deux», affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP.

«Dans le breakdance, avec ses backflips [sauts en arrière], ses headspins [rotations sur la tête], les muscles doivent vraiment être tendus. Ce n'est pas idéal pour le chant, où il faut savoir les relâcher», précise le chanteur qui adolescent faisait également du skate et de la capoeira.

Mais «le breakdance m'a donné une énergie durant les représentations. Je ressens une grande force durant tout le spectacle», dit l'artiste dont les deux albums rassemblent des airs d'opéras sur le thème de l'amour et de rares chants sacrés baroques.

Dans Rinaldo, «c'est très physique. Il faut avoir l'énergie pour rester trois heures sur scène. On est en perpétuel mouvement».

Conscient de l'attrait de son côté cool, le jeune polonais très présent sur Instagram et qu'on peut voir sur YouTube chantant torse nu un air de Haendel, n'en cultive pas moins un travail sérieux qu'il mène sur le chant ancien. Aucune contradiction, selon lui.

«Comme un produit»

«Les chanteurs d'alors, c'étaient les pop stars de maintenant. Les gens étaient obsédés par eux», rappelle le chanteur qui dit vouloir être le «plus authentique possible».

Le phénomène évoque également la pression commerciale grandissante sur la nouvelle génération. «À un moment donné, chacun veut quelque chose de vous et on vous traite comme un produit. On demande beaucoup plus de choses à notre génération de chanteurs", dit l'artiste qui se décrit comme un «chanteur lyrique freelance».

Il se sent libre dans la musique baroque car elle permet différentes interprétations. «Vous avez des airs comme cara sposa [dans Rinaldo] où vous passez huit minutes à chanter cara sposa, sposa cara, rit-il. Il faut trouver le moyen de mettre des sentiments dans ces lignes, c'est un défi.»

Selon lui, le public ne considère plus la voix d'un contreténor comme une bizarrerie, car des stars comme le Français Philippe Jarroussky ou l'Américain David Daniels ont ouvert la voie.

Le millenial est aussi végétarien. Ou presque: «je fais une exception pour la soupe de poulet de ma maman. C'est la meilleure au monde!»