Au centre de l’espace d’exposition, deux grandes sculptures dansantes se jaugent.
Au centre de l’espace d’exposition, deux grandes sculptures dansantes se jaugent.

Jacques Samson: la vie secrète des noeuds

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
Chaque sculpture de Jacques Samson est comme une variation de la bouteille de Klein, cette curiosité mathématique qui ne présente ni intérieur ni extérieur et qui semble s’enrouler sur elle-même à l’infini.

L’artiste de Québec crée ces nœuds en trois dimensions à partir de tiges de métal, soudées à l’argent avec une petite torche de joaillier. Une tige lui permet de déterminer la forme complète, puis il y ajoute des anneaux, placés à l’œil pour créer de belles courbes et une progression régulière. Ou encore il façonne, à l’aide d’un tour, une spirale qui servira de squelette à ses créations entre machines et créatures, coquille et armature.

Dans la galerie Michel Guimont, deux grandes sculptures dansantes aux jambes en arabesques se jaugent au centre de l’espace. «L’expo [remise à cause du confinement printanier] devait être en mai, donc elles ont passé tout l’été dans mon jardin. Je voulais faire deux entités, comme un couple. Quand elles sont en rut, elles bougent», note-t-il, en tirant doucement sur l’une d’entre elles, ce qui engendre un grand frisson chez la bête.

<em>Stolon</em>, de la série <em>Parfaitement imparfait</em>

Placées au mur, de plus petites sculptures révèlent le jeu d’ombres portées auquel nous a habitués Jacques Samson dans ses présentations précédentes (pensons seulement au ballet vertigineux qui se révélait le soir venu dans l’une des entrées vitrées du Grand Théâtre, pendant Manif d’art 6). L’ombre n’a parfois rien à voir avec la forme qui l’engendre, c’est un double poétique et évanescent avec lequel l’éventuel acquéreur de l’œuvre pourra jouer.

Avant de travailler le métal, Jacques Samson a façonné le bois et tricoté des textiles pour créer des objets à manipuler, qui désacralisent la sculpture. On retrouve ce même désir d’impliquer le regardeur et de susciter les manipulations dans ses créations plus récentes.

Lui-même s’est amusé. «Il y a toujours ce désir de jouer avec les formes, la légèreté, l’invisible, et l’idée du nœud, qui est comme un problème à résoudre. Tous les titres sont des dérivés : Boucle, Chaîne, Collet, Hic, Lien, Loch, Nunc...»

<em>Écrasée no 1</em>

Il récupère aussi certaines sculptures qu’il écrase et coule dans du thermoplastique, dans des cadres ovales, un peu comme des insectes dans l’ambre.

«J’aime bien la chimie et la physique et certains concepts mathématiques comme la bouteille de Klein, la bande de Möbius, indique l’artiste. Je trouvais qu’il y avait un beau parallèle avec la pratique artistique. Même si je change de matériaux, je reviens toujours à mon point de départ, c’est-à-dire les sinuosités, les courbes.»

Le sculpteur Jacques Samson

Jusqu’à faire tourner les sculptures sur elles-mêmes, grâce à un mécanisme caché dans une petite boîte de bois qui leur sert de socle, et à créer un ballet d’ombres qui agissent sur l’esprit comme un mantra ou un feu dans l’âtre. Josianne Desloges (collaboration spéciale)

À l’avant, quatre sculptures cinétiques de la série <em>Chaîne</em>

L’exposition est présentée jusqu’au 13 décembre au 273, rue Saint-Paul, Québec. Info : www.galeriemichelguimont.com