Si Isabelle Boulay arrive avec un nouvel album sous le bras, ce sont surtout ses grands succès qui seront à l'honneur le 6 juillet sur les plaines d'Abraham.

Isabelle Boulay: confidences d'une «ouvrière de la chanson»

Le 6 juillet, Isabelle Boulay fête un double anniversaire sur les plaines d'Abraham, en ouverture du Festival d'été de Québec : ses 25 ans de carrière et son 45e anniversaire de naissance. «C'est surtout pour les 25 ans de chanson, nuance d'emblée la principale intéressée. Mon âge, ce n'est pas trop important. Mais je trouvais ça comique que ça tombe le jour de ma fête, d'autant plus que la veille de mes 40 ans, j'étais aussi sur les Plaines pour le spectacle Le français d'abord.» Si elle arrive avec un nouvel album sous le bras, ce sont surtout ses grands succès qui seront à l'honneur lors de cette soirée Noces d'argent, célébrée avec une brochette d'invités, incluant une vingtaine de musiciens de l'Orchestre symphonique de Québec. Entretien avec une «ouvrière de la chanson», déjà prête à fixer son prochain rendez-vous sur les Plaines. «À 50 ans, j'espère y être pour faire les chansons d'un album que j'aurai fait avec T-Bone Burnett...» laisse-t-elle tomber en riant.
De l'importance d'insister
Se décrivant comme une «interprète comblée», Isabelle Boulay ne rêve pas de prendre la plume pour signer ses propres chansons. «Pour moi, ce n'est pas du tout une fin en soi. Je n'attends pas d'enfin écrire», tranche la chanteuse.
«C'est le métier que j'aime, évoque-t-elle. Quand je participe à des émissions comme La voix, ça me distancie de moi-même. Ce sont des choses qui font beaucoup de bien aussi. Mais je suis vraiment une ouvrière de la chanson. Ce qui me stimule, c'est la matière, c'est les gens avec qui je travaille. J'ai énormément de plaisir avec ces gens-là. Je me sens bien. Le dernier luxe qu'il me reste, c'est d'être une interprète.»
Isabelle Boulay a poussé loin sa démarche d'interprétation en revisitant, il y a trois ans, le répertoire de Serge Reggiani. Une aventure dont elle dit avoir aimé chaque seconde, même si l'album s'est fait dans «une certaine adversité». 
«Ça me fait me dire que c'est quand je désobéis que ça marche le mieux, note-t-elle. Quand j'avais fait l'album country De retour à la source, je me souviens que j'avais rencontré aussi beaucoup de résistance avant d'être avec Michel Bélanger des disques Audiogram. L'album de Reggiani, pour moi, ç'a été un peu le même phénomène. J'avais rencontré de la résistance de la part de ma maison de disque en France. Ils ont essayé de me dissuader pendant tout le parcours. Finalement, l'album a été un grand succès là-bas. Ils en ont vendu plus de 200 000 exemplaires, ce qui est exceptionnel dans le marché d'aujourd'hui. Ces deux disques-là sont venus de très, très loin. Ça poussait à l'intérieur de moi et je les ai tenus. J'insistais beaucoup pour les faire et ç'a donné un résultat auquel on ne s'attendait pas.»
Au-delà du succès commercial, ce détour chez Reggiani a été payant artistiquement pour la rousse chanteuse. «C'est venu consolider des choses et en raffiner d'autres encore plus. C'était d'embrasser un répertoire qui est le répertoire de toute une vie. Ça m'a vraiment fait du bien d'entrer dans un répertoire de cette envergure-là. Quelque part, c'était l'une des premières fois de ma vie où j'ai chanté un peu pour moi», évoque Isabelle Boulay, allant jusqu'à parler de cet album comme un tournant dans sa carrière. «C'est comme si ça venait affirmer le fait que oui, je suis une chanteuse, mais j'ai aussi une démarche d'interprète qui est exigeante, confirme-t-elle. Je l'ai toujours été, mais là, c'est encore plus vrai.»
La carte de l'authenticité
Lorsqu'on a joint Isabelle Boulay pour cette entrevue, à la mi-juin, la populaire chanteuse gérait un «horaire de fou sur deux continents» pour accompagner la sortie de son album En vérité, encore tout chaud. «On ne peut plus maintenant sortir des disques avec des dates décalées», justifie celle qui a peaufiné, au fil des 25 dernières années, l'art d'être à plusieurs endroits à la fois : entre le Québec et la France, un pied dans la chanson française et l'autre dans ses racines country.  
«Je pense que l'alliage, il tient déjà à l'intérieur de moi, analyse-t-elle. Mon caractère musical, c'est ça. C'est de la variété avec des influences country et sud-­américaines et l'influence de la grande chanson française. Je pense que le dénominateur commun, c'est la musique qui joue à l'intérieur de moi. C'est comme si ça venait du même tronc d'arbre. Les branches tendent vers des styles différents, mais ça vient de la même sève.»
Si elle dit compter sur «un bon entourage et un réseau de soutien», Isabelle Boulay mise aussi sur l'authenticité pour gérer une carrière des deux côtés de l'Atlantique. «Je ne suis pas une artiste différente en France et au Québec, confirme-t-elle. C'est la même fille partout. Et je ne me laisse pas influencer par des choses qui sont extérieures à moi. Ou de moins en moins. Ce qu'on entend, c'est quelque chose que j'embrasse totalement. Ce n'est pas une réponse à ce qu'on attend. Je pense que de toute façon, je n'ai jamais été une chanteuse à la mode. Peut-être que j'étais plus dans une tendance à une certaine époque où on m'a donné l'étiquette de chanteuse à voix. C'est quelque chose qui me flatte beaucoup. Mais moi, je ne me considère pas comme une chanteuse à voix!»  
Isabelle Boulay sur ses invités
Paul Daraîche 
Paul Daraîche
«C'est mon invité de coeur. Depuis des années, je l'invite chaque fois que j'ai quelque chose d'important à fêter. Il a vraiment fait partie de mon enfance, c'est quelqu'un que j'ai écouté beaucoup. Il vient du même coin de pays que moi, on a un peu les mêmes valeurs. C'est un vrai ouvrier de la chanson lui aussi. Ça fait des années qu'il fait ce métier-là. Il a connu des hauts et des bas. Pour moi, c'est un coureur de fond. Il a une présence rassurante. Quand il est à côté de moi, on dirait que je le sais que ça va bien aller. Juste de le voir me sourire, ça me porte, ça me fait rentrer dans mon coeur d'enfant.»
Patrick Norman
Patrick Norman
«Ça fait très longtemps que j'ai envie de l'inviter à chanter avec moi. C'était le chanteur préféré de ma grand-mère paternelle. Pour moi, ç'a une grande signification de l'avoir sur scène avec moi.»
Les soeurs  Boulay 
Les Soeurs Boulay
«Pour moi, elles sont les héritières. On va être trois générations de chanteurs sur scène. Elles sont les héritières de notre famille gaspésienne, d'une certaine façon. De les faire entrer dans mon monde, c'est un cadeau que je me fais. Quand je suis avec elles, je me sens un peu comme une grande soeur. Ou comme une fée marraine, d'une certaine façon, même si elles n'ont vraiment pas besoin de moi pour faire leur parcours. Mais il y a quand même une sorte de parenté entre nous.»   

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Qui: Isabelle Boulay et invités
Quand: 6 juillet à 21h
: plaines d'Abraham
Accès: laissez-passer
Note: Les chaises portatives sont permises sur les plaines d'Abraham pour ce spectacle