Lors d’une improvisation de 45 minutes, Réal Bossé et Luc Senay doivent deviner l’identité du personnage (préalablement assigné par le public) construit par l’autre. Chacun arbore son numéro de téléphone sur son t-shirt, ce qui permet aux spectateurs d’interagir avec les interprètes.

«Impro Texto»: à vos téléphones!

S’il y a une consigne que les festivaliers n’entendront pas en assistant au nouveau concept d’impro imaginé par Luc Senay pour le ComediHa!, c’est bien celle d’éteindre leur téléphone cellulaire. Au contraire, on leur demande d’avoir leur appareil bien en main et, en quelque sorte, de prendre part à l’action en communiquant en direct avec les improvisateurs.

Jusqu’à dimanche, Senay et son complice Réal Bossé se prêteront au jeu. Ils ont brisé la glace mercredi, en ouverture de festival. «C’est la première fois au monde qu’on essaie cette patente-là», a d’entrée de jeu prévenu Luc Senay en montant sur la scène du hangar temporaire érigé sur la place George-V. 

Ladite «patente» consiste en une improvisation de 45 minutes lors de laquelle les deux interprètes doivent deviner l’identité du personnage (préalablement assigné par le public) construit par l’autre. Chacun a un téléphone en main et arbore son numéro sur son t-shirt. Les spectateurs sont invités à leur envoyer des textos pour leur donner des indices, tandis que les deux acteurs improvisent une histoire. 

«Le pari que je faisais, c’était d’utiliser les flashs que les spectateurs peuvent avoir lorsqu’ils regardent une impro», a expliqué Luc Senay, croisé après la représentation où il a campé un orphelin recruteur pour une secte. Réal Bossé, lui, a joué au meurtrier en série qui souhaite ajouter «un dodu» à sa collection. 

Les messages — également reproduits sur des écrans géants disposés de part et d’autre de la scène — ne sont pas transmis directement aux improvisateurs, mais passent par une modératrice, Janie Gaumond-Brunet. Après le spectacle de mercredi, elle a confié avoir eu pas mal de ménage à faire dans les suggestions des festivaliers, parfois plus enclins à tenter des blagues qu’à livrer de véritables pistes. 

«On espère qu’ils collaborent, mais il va toujours y en avoir qui ne le feront pas. Et c’est certain que quand c’est anonyme, les gens se laissent plus aller», a observé Réal Bossé, convenant tout de même que les textos étaient un bon moyen de nourrir une impro. Même son de cloche de la part de son vis-à-vis, qui avait bien apprécié l’échange avec le public, même s’il ne s’impose pas l’obligation de réagir à chaque proposition.  

Mercredi, Bossé a ouvert son jeu, Senay un peu moins. Le deuxième a résolu l’énigme (quoique le qualificatif de «dodu» qui lui était destiné et qui a été révélé en fin de parcours lui a arraché quelques jurons!), le premier non. Pas grave. Les deux vétérans ont su construire une histoire et rebondir sur des irritants sonores qui devraient être corrigés pour la suite du festival.

Changements

Et ce n’est pas la seule chose qui risque de changer dans cette série d’Impro Texto. À chaud, quelques minutes après la représentation, l’équipe s’interrogeait. Devrait-on mieux expliquer le concept au public pour maximiser sa participation? Les improvisateurs devraient-ils laisser les téléphones (dont la manipulation peut casser le rythme un brin) pour n’utiliser que des écrans? La formule est toute neuve, elle tient encore de l’expérience. Mais dans les mains d’improvisateurs experts, elle s’avère certainement prometteuse.

Luc Senay et Réal Bossé croiseront de nouveau le fer de jeudi à dimanche, à 18h45, à la place George-V.