Au fil des ans, IAM a continué de faire les choses à sa manière sur une scène rap en constante mouvance.

IAM: de l'importance d'y croire

Le cap des trois décennies de carrière franchi, IAM revient avec un 10e album, «Yasuke». Et à en croire les dires du beatmaker Imhotep, ces piliers de la scène rap française ne sont pas près de s’arrêter.

«Certains nous considèrent comme des pionniers, d’autres comme des dinosaures… Sauf qu’on n’est pas encore disparu, on est toujours là. Ça fait 30 ans qu’on existe. On va essayer de durer 30 ans de plus et puis on en reparle?» détaille-t-il au bout du fil, avant d’être interrompu par son confrère rappeur Shurik’n : «Houlà! C’est un bel exemple d’optimisme!» lance-t-il à son tour.

Avec ce 10e album, IAM propose une nouvelle collection de pièces qui se penchent sur le parcours du collectif marseillais, mais qui regarde résolument vers l’avant. Pas question de bilan, ici, pour les vétérans. «Pour nous, ça équivaudrait à s’arrêter sur le bord de la route et regarder le travail qu’on a accompli. On n’en est pas encore là», précise Shurik’n.

Friands d’histoire, forts d’une esthétique truffée de clins d’œil à l’Asie et à l’Afrique, les musiciens ont choisi de coiffer leurs nouvelles créations du nom de Yasuke, un esclave africain ayant vécu au XVIe siècle et qui finira samouraï au Japon. La symbolique était porteuse pour ceux qui creusent leur sillon le poing levé depuis la fin des années 80.

«Il arrive à accéder à un rang où il n’est pas du tout prévu à la base, résume Shurik’n. Il arrive en tant qu’esclave et il termine en tant que samouraï. Un peu comme nous. Ce n’était pas prévu qu’on fasse de la musique pendant 30 ans au départ. On n’était pas designés pour ça. Il y a plein de références... D’abord que ça reste possible et que des choses comme ça puissent arriver même de nos jours. C’est important de croire que c’est possible. Sinon, il vaut mieux entamer le suicide collectif…»

Collaborations

Au fil des ans, IAM a continué de faire les choses à sa manière sur une scène rap en constante mouvance. «Je pense que c’est pour ça qu’on a un public si fidèle et si loyal, estime Shurik’n. On ne cherche pas à être actuel, on fait la musique qui nous plaît, qu’on aime écouter nous-mêmes. Là-dedans, c’est très varié. À cinq, on a des goûts assez éclectiques. On continue à écouter du rap au quotidien. Forcément, ça influe sur notre façon de travailler, sur nos oreilles. Naturellement, je pense que de rester en contact avec cette musique, ça fait que tu te réactualises automatiquement.»

Sur Yasuke, le groupe cultive les collaborations avec des rappeurs — «c’était l’occasion d’ouvrir un peu aux nouvelles générations et à nos petits frères du rap marseillais», note Imhotep —, mais aussi avec la vedette de l’afrobeat Femi Kuti. Un partage musical qui s’est concrétisé grâce à l’ingénieur de son de ce dernier, à qui le beatmaker d’IAM doit «un grand merci».

«Il m’avait envoyé un multipiste de ce titre, qui s’appelait Make Me Remember dans sa version originale, raconte-t-il. À l’époque, ça ne m’avait pas vraiment inspiré. Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai recommencé à le travailler il y a un peu plus d’un an. On a gardé le thème du morceau, y compris le thème de l’écriture. Et voilà, on en a fait une réinterprétation de ce titre qui nous a inspirés à tous les niveaux.»

Alors qu’IAM reprendra sous peu la route avec les nouvelles pièces de Yasuke, rien n’est encore attaché de notre côté de l’Atlantique en ce qui concerne cette nouvelle tournée. Le groupe a toutefois rendez-vous du 7 au 9 avril avec l’Orchestre symphonique de Montréal, avec qui il revisitera les pièces de son album phare, L’école du micro d’argent.

«La dernière fois qu’on est venus, on se rappelle encore de l’accueil qu’on a eu, souligne Shurik’n. C’était assez impressionnant. Mais d’aussi loin que remontent mes souvenirs, on n’a jamais eu de problème en concert chez vous. On n’a pas un souvenir moyen… Et des concerts, on en a joué, hein!»

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DE L'INSPIRATION CHEZ GÉRICAULT

Pour illustrer la pochette de son 10e album, IAM est allé puiser un peu d’inspiration au Louvre, dans le chef d’œuvre romantique Le radeau de La Méduse de Théodore Géricault. 

Les réfugiés du peintre prennent ici un coup de jeunesse en cette époque où l’urgence écologique ou la crise des migrants n’empêchent pas de faire semblant que tout va bien à renfort d’égoportraits et de publications sur les réseaux sociaux. 

Les membres d’IAM ont-ils vraiment l’impression d’assister à un naufrage collectif? «Si on est réaliste, on va dire que le monde ne va pas très bien. Effectivement, on peut dire qu’une partie de la société va à la dérive. Cette tempête est notamment écologique. Mais malgré tout, on garde une lueur d’espoir. On espère qu’après la tempête, le soleil va se lever sur un jour meilleur. Sans se faire d’illusions, c’est de garder un idéal, de garder des rêves pour avancer», précise le beatmaker Imhotep.

«Il y a plein de détails qui ne soulignent pas que les travers de la société. Mais c’est vrai que le radeau décrit bien le contexte dans lequel on évolue», ajoute le rappeur Shurik­’n.  Geneviève Bouchard

«Le radeau de La Méduse» de Théodore Géricault.

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UN QUEBEC À BOIRE

Au détour de la chanson Mosaïque, troisième pièce du nouvel album d’IAM, quelques vers livrés par le rappeur Akhenaton ont de quoi interpeller ses fans d’ici. «Je suis dans le vrai, le sincère, Fuck les petites combines / Je retournais le Quebec pour 10 centimes de consigne». On s’est un peu creusé les méninges pour comprendre l’image, avant que ses complices ne nous ramènent à une explication des plus terre-à-terre. 

«En fait, le Quebec, chez nous, c’est une boisson», résume tout simplement Imhotep. «On en buvait quand on était petits, ajoute Shurik’n. Ça ressemblait un peu à du coca. Akhenaton fait référence à ça, à ramener les bouteilles quand il était petit pour gagner des sous.»

À mettre sur la liste de découvertes à votre prochain voyage en France. «Mais attention, c’est seulement dans le Sud!» précisent les Marseillais. Nous voilà renseignés!  Geneviève Bouchard