Humans

«Humans» de Circa: la fragilité des acrobates

En observant les artistes de cirque, on se dit que le corps humain est une machine hautement perfectible. Avec «Humans», la compagnie australienne Circa s’est penchée sur l’être humain dans sa globalité en évoquant les liens que l’on tisse, la charge (réelle ou métaphorique) qu’on peut porter et les aspirations qui nous façonnent et donnent un sens à notre existence.

«La scène d’ouverture nous plonge tout de suite dans le vif du sujet, c’est rapide et très acrobatique», indique Jarrod Takle, un jeune Australien qui s’est joint à la troupe il y a quelques mois. Même si le spectacle a été créé il y a déjà trois ans, il s’est facilement intégré au sein de ce spectacle toujours en mouvement, à la distribution changeante. Entre deux séries de dates aux États-Unis, la tournée s’arrêtera à Québec la semaine prochaine pour trois représentations au Diamant.

L’interprète, qui a passé quatre ans à Montréal à l’École nationale de cirque, se fait une joie de retrouver le Québec, même si la rigueur du climat l’effarouche un brin. «J’avais plusieurs amis qui étaient allés étudier à Montréal et je savais qu’il y avait de bons professeurs et des installations impressionnantes pour le cirque, raconte-t-il. Ça me plaisait surtout d’aller dans une ville qui respecte et supporte les arts du cirque avant tant d’ardeur. Je crois que Montréal est vraiment une ville unique sur ce point.»

Sa formation complétée, il est retourné au bercail pour travailler les acrobaties de groupe, qui sont un peu la spécialité australienne, et a décroché un contrat de deux ans avec Circa, une troupe où il a vu évoluer de formidables artistes au fil des ans. «J’aime leur humanité, même si ça paraît un peu évident de dire ça lorsqu’on tourne avec un spectacle qui s’appelle Humans. Ils ne misent pas sur les paillettes et les costumes excentriques, et je crois que c’est ce qui rend leurs créations si belles et si personnelles.»

Les acrobates de Circa s’exécutent avec peu, voire pas d’attirail scénique. Ils montrent ce que le corps humain peut faire, sans flafla. Ce qui a amené Jarrod Takle, spécialiste de la planche coréenne, de la banquine et de l’équilibre sur mains, à parfaire cette dernière discipline, à travers des numéros en solo et en groupe.

«C’est une chose d’avoir sa propre voie et de faire ses propres trucs, mais c’en est une autre de développer un vocabulaire acrobatique commun. Les scènes de groupe s’appuient sur les connexions que nous établissons entre nous. Ça exige une série d’enchaînements très précis, une mécanique impeccable. Si quelqu’un se trompe, ça a un effet domino sur tous les autres», explique le jeune homme.

Le spectacle est souvent décrit comme étant une déclaration d’amour à l’humanité ou une exploration de la condition humaine. «Nos limites et nos capacités sont testées pendant le spectacle, de façon concrète et imagée, note-t-il. C’est un spectacle rempli d’espoir et de joie. Ce qui est bien, je crois à notre époque, parce qu’on en a tous besoin.» La musique, qui navigue entre un tango d’Astor Piazzolla, le rhythm and blues de James Brown et des pièces plus électroniques et industrielles, le charme et contribue, selon lui, au charme éclectique de la performance.

On n’a pu s’empêcher de demander à l’acrobate ce qu’il pensait de la scène où il doit tenter de se lécher le coude (voir autre texte). «Je ne pourrais pas dire que c’est mon moment préféré du spectacle», dit-il en riant.

«Un des aspects intéressants d’être dans une compagnie de cirque contemporain est que même si tu as passé des années à l’entraîner pour faire des choses impressionnantes et risquées, tu dois admettre que, parfois, les images les plus fortes sont produites par des choses beaucoup plus simples.»

L’attrait du périple, pour l’acrobate, repose sur l’alternance des moments de théâtre, des séquences de pur mouvement et des acrobaties de groupe, qui n’est presque jamais brisée par les applaudissements. «Pour moi, c’est vraiment grisant de plonger dans une démarche qui s’éloigne de la structure traditionnelle. Nous sommes sur la scène pendant de longues séquences, les spectateurs sont immergés et ils n’émergent que lorsque le spectacle se termine.»

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Trois questions à Yaron Lifschitz, le créateur de Humans

1- Quel élément est à l’origine de ce spectacle?

«Humans s’inspire d’une citation du poète américain Donald Hall sur l’intériorité humaine. Je voulais du cirque qui soit d’abord humain, pas acrobatique. Nos plus récentes créations ont été plus tranchantes et plus sombres. Je voulais travailler avec des lignes organiques, de la vie, du mouvement. Je voulais un spectacle qui ressemble à un corps — chaud, chargé de vie, imprévisible et excitant.»

2- Quel moment de Humans est le plus significatif pour vous?

«Lorsque quelqu’un essaie de lécher son coude. C’est simple, humble et impossible. Alors c’est drôle et touchant. Ces acrobates incroyables sont incapables de faire quelque chose qui paraît si simple. Alors nous rions, tout en étant émus par la situation.»

3- Comment, pour vous, le cirque peut-il exprimer de multiples aspects de l’être humain, au-delà des prouesses physiques?

«Je crois que le cirque est un puissant mode de communication. Le langage des corps suscite une profonde empathie et nous permet de connecter avec les autres bien au-delà des mots et des idées. Je crois que susciter cette empathie est le but le plus élevé de l’art, sa contribution la plus utile et la plus nécessaire. Le cirque, pour moi, a quelque chose du rituel. Être ensemble, repousser ses limites physiques, tout ça se connecte.»

Humans sera présenté du 29 au 31 janvier au Diamant. Info : www.lediamant.ca et circa.org.au