Le chanteur Hugues Aufray, 89 ans, fera paraître un nouvel album au printemps et continue de fouler les scènes avec une belle énergie.

Hugues Aufray: le goût du Québec

À 89 ans, Hugues Aufray éprouve le sentiment «de ne pas avoir dit tout ce [qu’il avait] à dire». D’ici la parution d’un autre album, au printemps prochain, le chanteur français continue donc de fouler les scènes et d’enchaîner les entrevues avec une étonnante vivacité d’esprit. Les années ne semblent pas avoir d’emprise, ou si peu, sur l’interprète de l’inoubliable Céline.

Rencontré dans un restaurant du quartier Montcalm pour parler de son spectacle «musical et intimiste» du 1er décembre, au Palais Montcalm, Hugues Aufray arrive au rendez-vous frais et dispos. Veston blanc, t-shirt Indian Motorcycle, chaîne au cou, il se pointe avec sa compagne, Muriel, qui l’aide «à rester jeune».

Lorsque vient le temps des photos, c’est elle qui veille à soigner son apparence. Le chanteur confie ne pas trop apprécier cet exercice obligé, prétextant une certaine timidité. «Je n’ai pas de fun à me faire prendre en photo et à être souriant...»

Hugues Aufray est un grand amoureux du Québec, où il n’était pas venu depuis sept ans. Samedi, il commençait à Montréal une tournée de sept villes de la province. «La dernière fois, c’était ici, à Québec, où j’ai chanté devant 70 000 personnes, dans un grand pré où il y a eu une bataille historique (les plaines d’Abraham). C’était pour l’anniversaire de Céline Dion. J’avais chanté Le p’tit bonheur en duo avec Linda Lemay.»

Ses premiers souvenirs du Québec remontent à l’époque où, fraîchement arrivé d’Espagne, il avait aperçu sur une affiche parisienne «un type avec une guitare sur les épaules». C’était Félix Leclerc. «Je ne chantais alors qu’en espagnol. On me demandait de chanter en français, mais j’avais une certaine appréhension. C’est ainsi que j’ai commencé à faire des chansons de Félix et de Brassens.»

À sa première visite sur nos terres, il découvre La Bolduc. «J’ai tous ses disques. Sur l’avion, j’ai regardé le film avec Debbie [Lynch-White]. C’est un génie cette fille, physiquement et vocalement.»

Ses liens avec le Québec sont aussi frappés du sceau d’une grande tristesse. Son frère aîné, Francesco, qui aurait pu faire une grande carrière en opéra, s’est enlevé la vie ici, à l’âge de 25 ans, à la suite d’une rupture amoureuse. Il repose dans un cimetière de Sherbrooke.

«Quand il est mort, ma vie a basculé. À 89 ans, je vais faire une demande de nationalité, juste pour le principe, pour être de la terre où il est enterré. J’aimerais bien avoir un lien officiel avec le Québec. Toute ma vie, j’ai rêvé d’immigrer pour devenir Canadien.»

Le prénom de Céline

Ce grand frère est à l’origine de son grand succès, Céline, composée en 1966, sur des mots de Vline Buggy et les notes de Mort Shuman. Rien à voir, comme plusieurs peuvent le penser, avec une jeune femme qui n’avait jamais pensé à se marier pour s’occuper de ses frères et sœurs. «Céline, c’est mon frère. C’est lui qui m’a élevé pendant l’absence de mon père qui venait de se séparer.»

C’est d’ailleurs à cette chanson que Céline Dion «doit la vie», confie-t-il. Enceinte de son 13e enfant, maman Dion avait trouvé la force de poursuivre sa grossesse, après avoir entendu la chanson à la radio. «Elle m’a raconté qu’elle en avait été bouleversée. Elle avait décidé de garder le bébé et que si c’était une fille, elle l’appellerait Céline. Elle a fait une carrière internationale, celle que je voyais pour mon frère. Je trouve qu’il y a des coïncidences étonnantes.»

Son rêve d’être sculpteur

Malgré les années qui s’accumulent au compteur, l’arrière-grand-père d’une petite fille avoue avoir encore des rêves à réaliser, dont celui de parfaire ses talents en sculpture. L’ancien étudiant aux Beaux-Arts habite d’ailleurs l’ancienne maison du «plus grand sculpteur du XXe siècle», Aristide Maillol, à Marly-le-Roi, près de Paris.

«Je commence à exposer, au Grand Palais à Paris, à Chablis, à Saulieu. Je fais des bronzes. C’est une espèce de revanche. Je regarde le destin en face en lui disant qu’il n’est pas trop tard pour le faire, comme j’en rêvais à 18 ans.»

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SON «JARDIN SECRET» DÉVOILÉ EN SPECTACLE

Hugues Aufray compte ouvrir les portes de son «jardin secret» à l’occasion du spectacle Visiteur d’un soir qu’il présente la semaine prochaine, au Palais Montcalm. 

Dans une formule dépouillée, accompagné de deux guitaristes, le chanteur servira plusieurs anecdotes privées et professionnelles, entre deux airs de son répertoire. «C’est comme si j’invitais le public dans un studio où je suis en train de répéter. Les visiteurs, ce sont les spectateurs. Je vais leur parler de ma vie.» 

Ses fans se retrouveront en pays de connaissance, promet-il. «Je leur garantis au moins 50 % de chansons qu’ils attendent de moi, comme Céline et Adieu monsieur le professeur, mais je m’autorise aussi d’autres qu’ils ne connaissent pas, qui sont passées par-dessus la tête de bien des gens, et à qui je donne une seconde chance. Je vais aussi offrir deux, trois chansons de Félix Leclerc et de George Brassens.»