Eunhee (Park Ji-hoo), adolescente de 14 ans délaissée par ses parents, erre souvent seule dans Séoul.
Eunhee (Park Ji-hoo), adolescente de 14 ans délaissée par ses parents, erre souvent seule dans Séoul.

House of Hummingbird: survivre à son mal-être ****

CRITIQUE / House of Hummingbird (Beolsae) arrive en Amérique du Nord couvert d’une pléthore de prix, dont celui du meilleur film dans la section Generation 14 plus à la Berlinale 2019. On comprend pourquoi. D’une délicatesse exquise, il traduit avec une remarquable finesse le désarroi d’une ado qui cherche à sublimer son mal-être.

Presque à la toute fin de ce drame nuancé et en retenue, Eunhee (excellente Park Ji-hoo) demande : «Quand ma vie va-t-elle commencer à s’ensoleiller ?» Toute l’essence du récit est là. L’adolescente de 14 ans, délaissée, n’a rien d’une rebelle et a le cœur à la bonne place. Mais elle se sent constamment étrangère à ce qui l’entoure. Et les malheurs s’accumulent.

Les difficultés à l’école (qu’elle n’aime pas) ; les rejets amicaux et sentimentaux ; le suicide présumé de son oncle ; les disputes constantes de ses parents ; son frère aîné qui la bat en toute impunité, sans raison valable; et cette tumeur qu’il faut enlever au risque d’une paralysie faciale...

Dans sa soif d’absolu, parsemée de petites et grandes questions existentielles qui obscurcissent son horizon, Eunhee va trouver un rayon de soleil : Young-ji (Kim Sae-byuk). Son nouveau professeur semble être la seule à comprendre son désarroi. Elle se prend rapidement d’affection (et d’admiration) pour ce mentor à la personnalité mystérieuse mais franche qui l’aide à s’accepter.

Eunhee va trouver un rayon de soleil : sa professeure Young-ji (Kim Sae-byuk).

Pour ce deuxième long métrage, Kim Bora a puisé dans ses souvenirs pour évoquer une catastrophe qui a profondément marqué la Corée du Sud en 1994 : l’effondrement du pont Seongsu et ses 32 morts. Le désastre occupe un point central dans le film.

Récit initiatique qui épouse le point de vue d’Eunhee, House of Hummingbird se veut aussi une dénonciation non équivoque, et pourtant subtile, d’une société patriarcale qui traite les femmes comme des citoyennes de seconde zone (du moins à l’époque).

Le propos se double également d’un examen approfondi des dysfonctionnements de la famille de l’ado, troisième et dernière de la fratrie. Eunhee cherche l’amour, après d’un garçon puis d’une fille, parce qu’elle est incapable d’en obtenir un tant soit peu de ses parents, en particulier sa mère, et de sa sœur et son frère.

Alors que Parasite de Bong Joon-ho (Oscar du meilleur film 2020) offrait une lecture panoramique de la société sud-coréenne actuelle, House of Hummingbird radiographie plutôt sa cellule la plus intime. Dans cette optique, la démarche de Kim Bora (The Recorder Exam, 2011) s’apparente à celle d’Hirokazu Kore-Eda (Une affaire de famille, Tel père, tel fils…).

Comme le grand cinéaste japonais, Bora adopte une approche attentiste et presque documentaire où chaque plan, admirablement bien découpé et implicite, cherche à maximiser l’impact émotif. Une approche qui demande une certaine patience.

La touchante fin ouverte s’avère conséquente avec tout ce qui précède. Bref, un film remarquable.

House of Hummingbird est disponible en version originale avec sous-titres anglais sur la plateforme du Cinéma Moderne.

Au générique

Cote : ****

Titre : House of Hummingbird

Genre : Drame

Réalisatrice : Kim Bora

Acteurs : Park Ji-hoo, Kim Sae-byuk

Durée : 2h18

Photo Well Go USA