Jacynthe Drapeau, Chantal Bonneville et Ana Maria Pinto incarnent le volet «souffrance» d’Hôtel-Dieu.

Hôtel-Dieu, un théâtre de survivants

Souffrance. Deuil. Rituels. Trois mots lourds de sens ont guidé la création d’Hôtel-Dieu, la nouvelle pièce documentaire d’Alexandre Fecteau et du collectif Nous sommes ici. Un «spectacle de survivants», selon l’auteur et metteur en scène, qui braque les projecteurs sur des humains qui ont vécu de près la douleur et la mort… Et qui ont trouvé le moyen de poursuivre leur chemin.

Le Soleil s’est invité à une répétition d’Hôtel-Dieu en début de semaine. Sur la scène des Gros Becs (que le Périscope emprunte pour cause de travaux à son théâtre), trois femmes partageaient leur expérience dans un chassé-croisé de récits et une sorte de ballet impliquant une civière et un triporteur. L’une, Jacynthe Drapeau, a accompagné de nombreux patients en fin de vie à titre d’infirmière à l’unité des soins palliatifs de l’Hôtel-Dieu de Québec. Une autre, Ana Maria Pinto, a frôlé la mort lorsqu’elle a été frappée par une rare maladie du sang. La troisième, Chantal Bonneville, voit sa mobilité s’effriter depuis qu’elle a reçu un diagnostic de sclérose en plaques et elle a dû renoncer à sa carrière de danseuse. 

Elles incarnent le volet «souffrance» du spectacle. D’autres gens suivront pour parler de deuil : les frères de femmes emportées trop tôt par le suicide ou la maladie; une mère qui a dû accoucher d’un enfant mort-né; un fils contraint de quitter sa famille pour pouvoir vivre son homosexualité. Ils se racontent dans leurs mots, recueillis puis retricotés par Alexandre Fecteau, qui utilise le terme «experts» pour décrire les non-acteurs qu’il dirige. 

«Ils ont une expertise, ils ont un vécu, explique-t-il. Un acteur professionnel aurait pu prendre leurs mots, mais il y a quelque chose qui se serait perdu. C’est dans leur présence. Ça fait qu’on a une rencontre réelle avec cette souffrance-là, parce que la personne est devant nous.»

Pesant, tout ça? Pas tant, promet le metteur en scène. Parce que l’humour — même si c’est de «l’humour de salon funéraire»… — s’invite dans les confidences. Et parce que les «experts» ont assez de recul pour raconter leur histoire. «C’est un spectacle de survivants. On est dans l’espoir», tranche-t-il. 

Moments d’humanité

Alexandre Fecteau dit avoir trouvé l’inspiration pour créer un spectacle autour de la souffrance en discutant avec son amie Jacynthe Drapeau, l’infirmière dont on vous parlait plus haut. «Elle me partageait comment elle vivait des moments d’une humanité tellement forte. Ça m’a beaucoup interpellé», évoque celui qui a, lors d’une deuxième étape de travail, laissé l’idée du deuil s’inviter dans le spectacle. Parce que le thème, si près de celui de la souffrance, «flottait comme un nuage noir». 

S’est finalement imposé un troisième volet, consacré aux rituels qui aident à surmonter les épreuves ou à leur donner un sens. «Je voulais aller piger dans toutes sortes de cultures. Parce que je trouve qu’il y a un vide immense, probablement laissé par notre rejet de la religion», explique Alexandre Fecteau, précisant du même souffle que cette idée n’avait pas tellement «résonné» auprès de ses «experts».

«On est donc allé vers une définition beaucoup plus large du rituel, reprend-il. C’est-à-dire toute action concrète qui les a aidés à passer à travers les épreuves, à se sortir de leur détresse, à mieux vivre, à être heureux. On est dans des choses simples, qu’on a expérimentées tous ensemble et qui nous ont fait ressentir ce bien-être. On s’est dit que c’est ça qu’il fallait faire vivre au public.»

Course à pied, mandalas, écriture de chansons, danse «libérée»… Voilà quelques rituels à l’honneur dans la dernière partie de la pièce, à laquelle des spectateurs seront invités à participer. La rencontre, filmée et retransmise en direct, se transformera en film documentaire pour le reste de la salle. 

La douleur et la mort sont certes des expériences inévitables… Même si on préfère ne pas trop y penser. Dans l’échange avec des «experts» qui y ont goûté, voilà en somme où Hôtel-Dieu souhaiterait faire œuvre utile. 

«Tout ça fait qu’on vit un moment qui, j’espère, sème des graines, confie Alexandre Fecteau. Soit que c’est hygiénique et que ça nous fait faire du ménage dans notre propre vécu. Soit, si on a vécu moins de choses, ça nous éclaire sur : “ah, ça pourrait se passer comme ça...” C’est l’aspect que j’appelle le “théâtre vaccin”. Ça ne règle pas les affaires, évidemment. Mais peut-être qu’en se posant des questions avant que la chose nous arrive, ça peut faire en sorte qu’on soit un peu moins surpris ou incompétent quand ça va nous arriver…» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Hôtel-Dieu

Quand: 16 janvier au 3 février

Où: Les Gros Becs

Billets: 36 $ (23 $ jusqu’au 15 janvier)

Info.: www.theatreperiscope.qc.ca

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Aussi au Périscope (nomade) cette saison

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Mise en scène : Philippe Soldevila

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Dévoré(s) (lieu et dates à préciser)

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Distribution : Olivier Arteau, Jean-Denis Beaudoin, Ariane Bellavance-Fafard, Hugues Frenette, Anne-Marie Olivier et Mathieu Richard

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Texte et distribution : L’orchestre d’hommes-orchestres (et invités)

Os : La montagne blanche (lieu et dates à préciser)

Texte : Steve Gagnon

Mise en scène : Denis Bernard

Distribution : Steve Gagnon et les musiciens Adèle Trottier-Rivard et Nicolas Basque

Détails au www.theatreperiscope.qc.ca