Olivier Arteau , Jean-Michel Déry et Pascale Renaud-Hébert et dans «Hope Town», qui explore avec nuances le thème de la disparition à La Bordée.

«Hope Town» : Les deux côtés de la médaille

CRITIQUE / Un ado quitte sa famille sans donner de raison ni laisser d’adresse. Pas de grands drames en toile de fond, juste une perpétuelle incompréhension mutuelle… Et des cœurs ravagés pour ceux qu’il laisse derrière. Avec «Hope Town», Pascale Renaud-Hébert explore avec nuances, sensibilité et un sens de répartie à toute épreuve le thème de la disparition. Dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau, le tout prend vie avec beaucoup d’humanité à La Bordée.

Hope Town raconte les retrouvailles inattendues d’un frère et d’une sœur. En cavale depuis cinq ans, le premier a quitté la maison sans jamais donner de nouvelles à sa famille. Il gagne maintenant sa vie dans un restaurant Subway gaspésien. La deuxième s’y arrête par hasard alors qu’elle prend des vacances avec son amoureux.

Là commencera le grand jeu d’interrogations qui bousculent — «Où étais-tu? As-tu été enlevé? Ou agressé? Pourquoi es-tu parti?» — et d’une réponse envoyée, après bien des esquives, comme un poignard : «je suis juste parti parce que je ne vous aime pas». Et quand lesdites retrouvailles se transposent dans la maison familiale avec des parents à la fois soulagés et sous le choc, la question se posera autrement : toute vérité est-elle bonne à dire?

Vif, rythmé et naturel, le texte de Pascale Renaud-Hébert, qui interprète aussi la sœur, expose habilement les deux côtés de la médaille : d’une part les motivations complexes du fugueur qui a besoin de fuir pour être lui-même; de l’autre les conséquences épouvantables vécues par ceux qu’il a quittés et qui ne lui ont jamais consciemment voulu de mal.

La distribution de la pièce «Hope Town», présentée à La Bordée jusqu'au 23 novembre.

Justesse du jeu 
En entrevue, Pascale Renaud-Hébert nous disait avoir écrit Hope Town pour Olivier Arteau. À les voir à l’œuvre sur la scène de la Bordée, il est clair que le courant passe entre les deux amis. Elle à fleur de peau, lui à la gestuelle tendue… Dans l’affrontement comme dans la complicité, on croit à leurs liens de fratrie.

Saluons aussi la justesse des autres acteurs de la distribution. Nancy Bernier campe d’une manière à la fois drôle et touchante une mère nerveuse et aimante, qui ne sait plus comment agir devant un fils qu’elle croyait comprendre. Jean-Sébastien Ouellette est convaincant en père aux horizons restreints, mais sans malice et hanté par les remords. Et si le personnage de Jean-Michel Déry n’est pas le plus bavard, il ne s’efface pas pour autant. En situation de conflit, les silences peuvent en dire long. 

La pièce «Hope Town» est présentée à La Bordée jusqu’au 23 novembre.