La soprano Hélène Guilmette joue pleinement le désespoir et la perte d’appétit de vivre. Nos yeux ne la quitte pas, pendant qu’elle arpente pieds nus la chambre élégante évoquée par quelques meubles. Les instruments de l’orchestre se fondent en une seule voix, précise, évocatrice et en même temps, énigmatique.

Hélène Guilmette chante Poulenc: beauté désespérée

CRITIQUE / La voix humaine relève du morceau de bravoure, dont Hélène Guilmette et l’Orchestre symphonique de Québec nous ont donné une fameuse démonstration.

L’âpreté des thèmes à la fois très classiques et très contemporains (rupture, désespoir amoureux, suicide, isolement, problèmes de communications) est une pilule à avaler si l’on vient au concert pour goûter des moments de pure beauté abstraite. Toutefois, porté par Mme Guilmette et l’OSQ, dans une mise en scène d’Anne-Marie Olivier, le «monodrame» composé par Poulenc sur un texte de Jean Cocteau passe la rampe. On se laisse toucher par cette cuisante dépossession, par cette douleur qui change de forme et ne révèle sa pleine ampleur qu’à la fin du drame.

L’unique personnage de La voix humaine tient un discours à la fois si réaliste et si ouvertement lyrique qu’elle évoque plusieurs femmes d’un seul souffle. Son discours amoureux désespéré, dans une conversation téléphonique constamment interrompue, évoque étrangement le babillage de Winnie dans Oh les beaux jours! de Beckett. L’amante dédaignée meuble le temps, en cajolant celui qui est la cause de son désespoir, en attendant l’inévitable fin tragique.

Chantés par Hélène Guilmette, à qui l’orchestre donne la réplique comme un ex-amant tour à tour bienveillant et impétueux, les mots on ne peut plus terre-à-terre de Cocteau s’enveloppent d’une aura surréaliste et un brin absurde. La soprano joue pleinement le désespoir et la perte d’appétit de vivre. Ses mimiques sont tiraillées entre douleur et amour, sa voix juste épouse agilement tous les arrêts et toutes les vagues d’émotion minutieusement écrites par Poulenc. Nos yeux ne la quittent pas, pendant qu’elle arpente pieds nus la chambre élégante évoquée par quelques meubles. Les instruments de l’orchestre se fondent en une seule voix, précise, évocatrice et en même temps, énigmatique.

Schubert

La première partie du concert était consacrée à la Symphonie no 4 en do mineur Tragique de Schubert, une œuvre scintillante et lyrique, haletante par moments, où le compositeur exprime davantage le joyeux tumulte que les âpres tourments de ses 19 ans.

Mus par le même élan et guidés par les gestes caressants du directeur musical Fabien Gabel, les musiciens ont exprimé le suspense, l’allégresse — voire la langueur, dans le 2e mouvement — de ce récit musical qui culmine par une ronde aux accents carnavalesques. Clarinette, flûte, hautbois et bassons y ont fait très bonne figure, dans la houle déferlante et unie des cordes.

Le concert de l’OSQ Hélène Guilmette chante Poulenc était présenté une seule fois, mercredi soir, au Palais Montcalm.