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Le chorégraphe Harold Rhéaume revisite, 23 ans plus tard, <em>Les dix commandements</em>.
Le chorégraphe Harold Rhéaume revisite, 23 ans plus tard, <em>Les dix commandements</em>.

Harold Rhéaume: vingt ans et Dix commandements

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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En 1998, Harold Rhéaume présentait à Montréal le spectacle Les dix commandements, l’œuvre la plus ambitieuse de sa jeune carrière de chorégraphe. Une dizaine d’interprètes sur scène, une toile de fond à connotation religieuse pas nécessairement consensuelle... Et un jalon marquant dans son parcours artistique. À l’occasion des 20 ans de sa compagnie, Le fils d’Adrien danse, l’heure était venue pour lui de revisiter cette aventure qui lui a été si chère.

On aurait dû voir la nouvelle mouture de la pièce l’automne dernier, au Diamant. La pandémie est bien sûr venue jouer les trouble-fêtes.

Mais ce n’était que partie remise pour Harold Rhéaume et son équipe. Le spectacle nous arrive plus tard, mais aura en quelque sorte plusieurs vies : d’abord dans une captation pour le Web diffusée cette semaine. Puis, plus tard, en salle et in situ.

«J’avais envie d’en faire une relecture, explique le chorégraphe. Pas parce que je n’aime pas la pièce originale ou qu’elle n’a pas bien vieilli. Juste parce que je ne suis plus à la même place. J’avais envie de véhiculer autre chose et de m’en servir comme source d’inspiration à plusieurs niveaux.»

Quand il songe à la création des Dix commandements, en 1998, Harold Rhéaume parle d’un grand moment. Ça s’est passé alors qu’il œuvrait toujours à Montréal, avant la fondation de la compagnie Le fils d’Adrien danse à Québec, sa ville d’origine, deux ans plus tard. Le spectacle a agi pour lui comme une sorte de tremplin.

Josianne Bernier dans <em>Les dix commandements</em>

«C’était un gros projet. C’était présenté à la Place des Arts. C’était assez ambitieux pour mes jeunes années de chorégraphe», explique Harold Rhéaume. Il évoque une certaine urgence d’exploiter la thématique, lui qui a poussé dans un environnement où la religion catholique était bien présente.

Suzanne Trépanier dans <em>Les dix commandements</em> en 1998

«C’est sûr qu’après, j’ai fait mon chemin et j’ai développé ma propre spiritualité en dehors de l’Église. Mais ç’a quand même été la base de mon éducation. Ça fait partie de la vie de plusieurs humains sur la planète. La religion, c’est encore très actif pour plusieurs», précise celui qui voyait ses valeurs morales «titillées» à cette époque.

«En 1998, on était dans l’apogée du Me, Myself and I. C’était chacun pour soi. J’ai l’impression qu’on est encore un peu là-dedans aujourd’hui, 23 ans plus tard. Mais c’était vraiment la motivation de départ.»

Le chorégraphe cite le film Ferrovipathe de Danny Boyle (d’après le roman d’Irvine Welsh), qui s’est imposé comme un grand déclencheur pour lui. Surtout cette scène où deux parents toxicomanes, complètement dans les vapes, ne se rendent pas compte que leur bébé est en train de mourir juste à côté.

«Ç’a été une bougie d’allumage, résume-t-il. Où sont nos valeurs? Et pour moi, les valeurs de base, c’était un peu ça : les dix commandements. Je me disais que ce n’était pas parfait, mais que ça avait tenu le monde pendant une certaine période. Et là, on était dans une ère de chaos total où ça explosait de partout. On voyait venir l’an 2000. Je me questionnais sur où on s’en allait en tant que société, en tant qu’humains.»

Toujours d’actualité

À l’heure de souligner son 20e anniversaire, la compagnie Le fils d’Adrien danse a eu l’idée de revenir à ce chapitre important dans l’œuvre de Rhéaume. Si elle prend une autre forme au XXIe siècle, la question des valeurs résonne encore fort pour le créateur.

Ce n’est pas la présidence de Donald Trump ou de décès tragiques comme ceux de George Floyd aux États-Unis et de Joyce Echaquan, plus près de nous, qui l’ont fait changer d’idée. La pandémie a bien compliqué le travail, mais la troupe n’allait pas rater l’occasion, malgré les contraintes.

«On se disait : “quelle chance on a d’être en studio dans un contexte comme ça et de pouvoir pratiquer la forme d’art qui nous transporte, qui nous amène à devenir de meilleurs humains...”

«On travaillait sur une thématique vraiment chaude. Ça se passe à tellement de niveaux. On peut trouver des ramifications très vastes. C’est un terreau ultra fertile. Mais en même temps, c’est un show de danse», nuance Harold Rhéaume, qui invite le spectateur à recevoir la proposition dans son pouvoir d’évocation davantage que de chercher une transposition desdits commandements.

Eve Rousseau-Cyr dans <em>Les dix commandements</em>

Portées par autant d’interprètes sur la musique de Josué Beaucage, les 10 prestations en solo ont pu être captées en septembre au Domaine Forget par le réalisateur Loup-William Théberge. Le film sera webdiffusé par La Rotonde du 30 mars au 5 avril (billets en vente sur larotonde.tuxedobillet.com). Des rendez-vous en présence seront bientôt fixés avec le public.

Quant à Harold Rhéaume, s’il n’a certainement pas fini de déployer l’univers collectif des Dix commandements, il commence à préparer un nouveau chapitre en solo, dans lequel le chorégraphe sera aussi interprète.

«Ça fait très drôle de me retrouver seul en studio, surtout après ce projet avec 10 danseurs, confie-t-il. Ça fait un gros vertige!»