Daryl Hall et John Oates se sont amusés à remodeler leurs hits et à improviser.

Hall & Oates et Tears for Fears: les jukeboxes à voyager dans le temps

CRITIQUE / À première vue, Hall & Oates et Tears for Fears conviaient les fans nostalgiques au Centre Vidéotron, mercredi, pour célébrer de grands succès des années 80. Mais dans les faits, les formations ont ratissé nettement plus large, les premiers reculant jusque dans la décennie 70, les seconds fouillant dans les années 90 et au-delà pour faire de cette soirée un solide programme double.
Visiblement, les spectateurs étaient anxieux de renouer avec ces anciens rois du palmarès pour ce qui était la seule date québécoise de leur tournée conjointe: pas moins de 8500 fans étaient venus les applaudir. De manière très différentes, les deux groupes ont pris l'allure de jukeboxes à voyager dans le temps: Daryl Hall et John Oates se sont amusés à remodeler leurs hits et à improviser, tandis que Tears for Fears a interprété son matériel en étant davantage fidèle aux versions originales, sans sonner périmé pour autant.
Les Américains d'Hall & Oates, qui étaient en tête d'affiche, sont débarqués avec une imposante machine de six musiciens. La bande originaire de Philadelphie n'a pas perdu de temps, sortant coup sur coup sa reprise de Family Man et les incontournables Maneater et Out of Touch. Très tôt, on a compris que s'ils fouillaient dans le passé, c'était avec un regard actuel: le matériel était hautement remanié et livré avec liberté et fraîcheur. Il était d'ailleurs amusant de voir le public réagir avec un peu de retard lorsqu'il reconnaissait ses pièces favorites, pour ensuite chanter en choeur.
Les vieux routiers ont été audacieux. Ils n'ont pas craint les passages feutrés mettant les voix et les choeurs en relief, comme la magnifique version de Sara Smile, où Hall avait troqué sa guitare pour le piano. Ils ont même déterré la méconnue Is It A Star, très bien rendue par Oates entre deux segments instrumentaux presque psychédéliques.
Si le band, qui comprenait le saxophoniste de longue date Charles DeChant, était impeccable, il est apparu évident qu'une part du public a été déstabilisée par l'approche préconisée, certains allant jusqu'à partir. Reste que la proposition était de premier ordre, avec un Hall dont la voix demeure exceptionnelle après toutes ces années. 
La bande a officiellement achevé cette soirée tour à tour soul, r'n'b, rock et pop avec une I Can't Go for That (No Can Do) au groove d'enfer, pour ensuite revenir avec un rappel comprenant, entre autres, Kiss On My List et Private Eyes
Un excellent concert, qui a bien démontré la profondeur du répertoire d'Hall & Oates.
Le spectacle de Roland Orzabal et Curt Smith, bien rodé, s'est terminé avec une <em>Head Over Heels</em> fort efficace.
Tears For Fears
Avant d'apparaître sur scène, les leaders de Tears for Fears ont fait tourner la reprise que Lorde a faite d'Everybody Wants To Rule The World, pour ensuite saisir leurs guitares et partager leur propre version, flanqués de trois musiciens et d'une choriste. Manière de rappeler, peut-être, à qui appartient la chanson. Et, par ricochet, de souligner que le temps a filé depuis que cette pièce a été numéro un au Canada, en 1985... 
Roland Orzabal et Curt Smith ont marqué des points avec l'art pop de Sowing The Seeds of Love, mais ont parfois connu des segments plus laborieux, comme sur Advice for the Young at Heart, où la voix de Smith n'était pas toujours à la hauteur.
C'est lorsqu'ils se sont plongés dans une séquence de quatre pièces de The Hurting, entrecoupées d'une reprise de Creep (Radiohead) dont on reste incertain de la pertinence, que les Anglais ont pleinement conquis le public. La foule s'est levée pour une Change aux teintes new wave, idem pour Pale Shelter, tandis que Memories Fade était particulièrement réussie.
Curt Smith a raconté aux spectateurs qu'il avait passé une belle journée et demie en ville et qu'il avait été séduit par le Vieux-Québec. Roland Orzabal, pour sa part, s'est exprimé dans la langue de Molière: «Nous sommes très contents d'être ici avec vous, nos amis québécois. Ça fait plusieurs années qu'on n'a pas joué ici et je me demande pourquoi... Je me réponds: je ne sais pas!»
Le spectacle des deux hommes, bien rodé, s'est terminé avec une Head Over Heels fort efficace. Les fans, qui ont patienté longuement pour un rappel, ont été choyés avec une puissante Shout.
Des retrouvailles ponctuées de très bons moments.