Maryam Bessiri, Maxime Beauregard-Martin et Rachid Raffa ont pris part à la lecture publique de la pièce documentaire «Hakim à Québec», lundi, à La Nef.

«Hakim à Québec»: enquête et mains tendues

Un appel à la prière musulman qui résonne dans l’enceinte d’une église catholique, une représentation interrompue le temps de briser le jeûne du ramadan en partageant un thé sucré à la menthe et des dattes… Plusieurs mains ont été tendues vers une meilleure compréhension de l’autre, lundi, lors de la lecture publique de la pièce documentaire «Hakim à Québec» de Maxime Beauregard-Martin.

Le projet était à la base une «enquête sur le racisme systémique» dans la capitale menée pour le compte du magazine Urbania et lancé près d’un an après la tuerie de la Grande mosquée. Selon ce qu’on a vu lundi, il est devenu une grande réflexion sur le vivre ensemble. 

L’auteur et comédien a d’abord été appelé à aller à la rencontre d’une personne musulmane pour comprendre les défis auxquels elle est confrontée au quotidien. Le hic, c’est que son premier interlocuteur, le Hakim du titre, n’avait d’emblée rien à signaler. Notre enquêteur a donc vite compris qu’il devrait aller voir ailleurs s’il voulait remplir sa commande… Et il a aussi vu la nécessité de multiplier les points de vue lorsqu’il a choisi de porter son enquête à la scène. 

Diplômé en journalisme, Maxime Beauregard-Martin aime bien ancrer son écriture dans des faits réels. La compagnie qu’il a cofondée, On a tué la une, utilise ainsi l’actualité comme «une piste de décollage», selon sa description officielle. On doit notamment à Beauregard-Martin — qui cosigne le tableau Terre promise du nouveau parcours Où tu vas quand tu dors en marchant…? — la pièce Mme G., inspirée de la vie de la tenancière de bar clandestin Thérèse Drago. Le spectacle, dans lequel Beauregard-Martin interprétait son propre rôle, a fait bonne figure à Premier Acte en 2016, si bien qu’il a été repris sur la scène de La Bordée l’an dernier. 

Non-acteurs

Dans Hakim à Québec, l’auteur se met une nouvelle fois en scène, mais il offre aussi une voix à certains intervenants qui ont nourri son investigation. Dans la deuxième étape de travail présentée lundi à La Nef (une première mouture du texte a été lue aux Chantiers du Carrefour international de théâtre l’an dernier), on a pu entendre Rachid Raffa, dont la vision du vivre ensemble n’est pas très optimiste. Il décoche autant de flèches aux islamophobes qu’aux musulmans qui «se rendent vulnérables» en ne dénonçant pas les gestes d’islamophobie dont ils sont victimes. 

Bénévole au Centre multiethnique, Réjean Bouchard porte un point de vue inverse, alors qu’il a trouvé un véritable frère — et quelques neveux et nièces d’adoption — dans la famille syrienne avec qui la sienne a été jumelée. 

La chroniqueuse Maryam Bessiri (co-porte-parole de la commémoration citoyenne de l’attentat de la Grande mosquée) a livré un message d’amour en plusieurs dimensions : pour son pays d’origine et son quartier d’adoption, pour son mari, pour sa liberté de parole et la responsabilité qui vient avec son micro… Dans une ville où certaines stations traînent encore l’étiquette de radio-poubelle.  

Finalement, la comédienne Nadia Girard Eddahia s’est imposée comme un véritable caméléon en interprétant tous les autres rôles, en plus d’ajouter son grain de sel en tant que fille d’immigrant. 

La lecture publique de Hakim à Québec figurait parmi les activités satellites du Carrefour international de théâtre. Un rendez-vous similaire a été fixé avec l’auteure Fanny Britt, alors que sa pièce Hurlevents sera mise en lecture à La Nef le 2 juin.

Le Carrefour international de théâtre se poursuit jusqu’au 8 juin.