Guy Nantel a l'audace de se plonger les mains jusqu’aux coudes dans des sujets souvent effleurés, sourire en coin, sous prétexte de faire de l’humour «engagé», et de réussir à injecter — vraiment — de l’humour là-dedans.

Guy Nantel: le chemin de croix du libre-penseur

CRITIQUE / Avec Nos droits et libertés, Guy Nantel varlope généreusement les malaises sociaux les plus répandus, saute à pieds joints sur la mollesse incurable des Québécois et égratigne au passage quelques idées reçues. Un cinquième spectacle solo assumé qui suscite de nombreux rires, plusieurs réflexions et, évidemment, quelques grincements de dents.

L’humoriste délaisse le personnage de dictateur de son spectacle Corrompu pour mieux endosser celui d’un gourou — et chaque fois que le mot est prononcé, il est appuyé par un retentissant «Alléluia!» du public. Un jeu paradoxal puisque l’humoriste entend faire des spectateurs «des citoyens libre-penseurs»… mais nous n’en sommes pas à un paradoxe près avec Guy Nantel.

À travers un chemin de croix où il abordera, entre autres, la liberté de culte, le consentement sexuel et la liberté citoyenne, l’humoriste prêche, détourne et retourne des sources de tensions et de malaises sociaux pour nous obliger à les regarder sous de nouveaux angles. En nous racontant comment Jésus, compétiteur d’Abraham dans la grande business de la religion, a engagé quatre scripteurs de l’école de l’humour, il nous amène tranquillement vers Mahomet, son programme récompense des 72 vierges, l’État (mal placé) d’Israël, les extrémistes… «Dieu, c’est un gars qui a échappé du yogourt il y a 14 milliards d’années», balancera Nantel en invitant les croyants à être plus cartésiens.

On salue son audace de se plonger les mains jusqu’aux coudes dans des sujets souvent effleurés, sourire en coin, sous prétexte de faire de l’humour «engagé», et de réussir à injecter — vraiment — de l’humour là-dedans. 

Pas certaine toutefois que les multiples pointes décochées à ses collègues humoristes apportent grand-chose au spectacle… Tout comme sa manière de taper sur Val-Bélair ou la Beauce pour donner, comme trop d’humoristes le font, «une saveur locale» à leur spectacle. Les remarques désobligeantes qu’il distribue généreusement aux spectateurs du parterre semblent toutefois cacher un amour sincère du public, qui le lui rend bien.

Presque impossible d’aborder le consentement sexuel sans mentionner au passage la «débandade» d’Éric Salvail et de Gilbert Rozon, ce que Nantel ne manque pas de faire : «Si un gars me met la main dans les culottes, je dirai pas : «tous les gars sont comme ça», je vais dire : «Gilbert, enlève ta main!»». On devine et on espère que l’exposé où il conclut que «par essence l’homme est un donneur universel et la femme, un récipient inerte» est livré au deuxième degré.

À part à la toute fin, où Guy Nantel, en bon prédicateur humaniste, lance un appel (longuet) à sortir du marasme pour embrasser son plein potentiel comme être humain, sur fond musical de circonstance, il est souvent difficile de savoir où loge vraiment l’humoriste. De savoir où le personnage de gars côlon, le professeur benêt, le philosophe et le grand baveux se rencontrent. Faire réfléchir exige, dans le cas de Nantel, de cultiver l’ambiguité, quitte à se faire haïr avec certaines déclarations.

Guy Nantel sera de nouveau à la salle Albert-Rousseau le 1er novembre, puis les 17 et 25 janvier et le 22 février. Il présentera aussi son spectacle à Lévis les 3 et 4 novembre.