Pendant trois ans, Guillaume Wagner s’était donné pour défi d’écrire une heure de nouveau matériel chaque année. «Du cœur au ventre» est le condensé de cette période de création.

Guillaume Wagner : La belle rébellion

Depuis ses débuts en humour, Guillaume Wagner s’est démarqué par son style direct, ses coups de gueule et ses pointes cinglantes. À 35 ans, le comique modifie un peu son angle d’attaque avec son troisième spectacle solo, «Du cœur au ventre». Et le fait qu’il soit devenu papa y est sans doute pour quelque chose...

«Ça m’a influencé d’une manière un peu indirecte, avance-t-il. J’ai toujours eu ce cynisme-là. George Carlin disait en parlant de l’Amérique que c’était un freak show et qu’il était content d’être en première rangée pour prendre des notes et pour rapporter ça. C’était un œil extérieur sur l’absurdité de notre société», décrit Wagner, qui dit avoir longtemps partagé ce sentiment.

«Mais maintenant que j’ai un enfant, je ne me sens plus à l’extérieur, ajoute-t-il. On dirait que j’ai envie de changer un peu les choses pour que ça devienne plus positif pour lui. J’essaie d’inspirer les gens à changer positivement plutôt que de juste remarquer ce qui ne va pas bien et m’en laver les mains.»

Pendant trois ans, Guillaume Wagner s’était donné pour défi d’écrire et de roder une heure de nouveau matériel chaque année. Du cœur au ventre est le condensé de cette période de création, où il s’est une nouvelle fois penché sur certains travers de sa génération.

«Je parle beaucoup de notre rapport avec les réseaux sociaux, de notre rapport à l’image, de notre espèce d’égocentrisme, de narcissisme, de nombrilisme, de notre repli sur soi, détaille-t-il. Il n’y a plus de projets collectifs. On ne le dit pas souvent, mais je trouve que ma génération, on se pense bien fin, bien au-dessus des autres. Mais dans le fond, nous sommes de parfaits petits consommateurs, parfaits pour le système néolibéral. On est sûr qu’on est plus vert, plus bright, plus progressiste, mais quand tu analyses ça, ma génération cause beaucoup de dégâts. J’essaie de nous réveiller là-dessus. Et je m’inclus là-dedans.»

Quelque chose de plus humain

Guillaume Wagner évoque une envie d’insuffler une sorte de rébellion chez son public. «Ce n’est pas d’aller casser des affaires, nuance-t-il. C’est une rébellion dans notre vie personnelle et interpersonnelle… On est tous dans nos petites affaires à ne plus communiquer entre nous autres. J’essaie d’inspirer les gens à quelque chose de plus humain.»

Lui qui a été prompt à prendre position par le passé sur les réseaux sociaux — on pense notamment à l’affaire Rozon, où il a été l’un des premiers à se prononcer publiquement —, voilà que l’humoriste prend un peu ses distances. «C’est tellement rapide. Tu penses à un truc, tu crois que c’est une bonne idée [de le publier]...» Puis les réactions partent en vrille.

«Juste pour rire, j’ai déjà écrit un truc très méchant, relate-t-il. Ça s’est rendu à la personne et elle était comme : “c’est quoi ton problème?” Effectivement, c’est quoi mon problème? Pourquoi on entre dans cette spirale où on se dit qu’on est libre et qu’on fait ce qu’on veut, même si ça choque ou que ça blesse? Ça ne m’a pas rendu heureux cette journée-là.»

À la course aux pouces en l’air sur Facebook ou aux clichés impeccables sur Instagram, Guillaume Wagner oppose une quête de simplicité. «Pour moi, une vie de bonheur, c’est plus une vie de quartier où tu es le boulanger et tu es gratifié parce que les gens aiment ton pain, image-t-il. Dans mon cercle d’amis, je suis gratifié par d’autres affaires que par rapport au monde. Dans mon cercle d’amis, je fais de bons gâteaux. C’est ça mon skill. Quand j’en fais, ils sont contents et moi, je suis valorisé là-dedans.»

N’allez toutefois pas croire qu’il mettra des gants blancs pour passer son message sur scène. «L’efficacité comique, c’est le plus important dans mon style d’humour, confirme-t-il. C’est pour ça que des fois, ça rentre dedans pas mal.»

Guillaume Wagner présentera son spectacle Du cœur au ventre à la salle Albert-Rousseau le 10 avril. Sa tournée fera escale aux quatre coins du Québec d’ici à l’année prochaine.