Lawrence Gowan délaisse pour un petit moment le micro de Styx pour revenir à son projet solo le temps d'une tournée québécoise.

Gowan: rentrer à la maison

Entre le micro de la formation Styx, qu’il tient depuis déjà 20 ans, et son propre projet solo, Lawrence Gowan n’a pas le temps de chômer. Ça tombe bien, il n’y tient pas. L’auteur-compositeur-interprète, qui cultive depuis 35 ans sa relation avec ses fans québécois, renoue ces jours-ci avec eux lors d’une tournée d’une douzaine de dates où il fait la part belle à ses albums «Strange Animal» et «Great Dirty World». Il fera notamment escale au Théâtre Granada, à Sherbrooke, 1er décembre et à la salle Albert-Rousseau — là même, nous dit-il, où il avait offert son tout premier spectacle dans la capitale — le 9 décembre. Entretien.

Q Ça vous fait quoi de voir que vos fans québécois sont toujours attachés à vos chansons après plus de trois décennies?

R Je sais que pour beaucoup de Québécois, les morceaux de Gowan sont associés à leur jeunesse. C’est bien de voir qu’on les chante encore. C’est stupéfiant de voir que des morceaux peuvent durer si longtemps. Quand on grandissait avec cette musique, on acceptait l’idée que ça serait temporaire parce que c’était de la pop ou du rock. On se disait que ça serait éphémère. Mais nous voilà bien avancés dans les années 2000 et le rock est sans contredit la grande signature musicale de la deuxième moitié du XXe siècle. Les gens le prennent au sérieux, maintenant. C’est épatant de voir que le rock a atteint ce niveau d’acceptation. Dans les spectacles de Styx, on voit parfois que la moitié du public a moins de 35 ans. Ces gens-là n’étaient même pas nés quand les plus gros albums de Styx sont sortis. Je vois la même chose dans mes spectacles de Gowan. C’est stupéfiant. L’Internet a vraiment facilité l’accès à des décennies de chansons.

Q Est-ce un peu étrange de faire allers-retours entre le répertoire de Styx et le vôtre?

R Un petit peu. Ça fait maintenant plus de 20 ans que je suis avec Styx. Mais c’est le deuxième acte de ma carrière. Quand je retourne au premier acte, je retrouve l’essence de ma carrière de musicien. Je reviens à ma première page. J’adore jouer avec Styx et faire partie de ce groupe. Nous voyageons à travers le monde. Cette année, nous avons joué en Angleterre, en Norvège, en Suède et partout aux États-Unis. Nous faisons plus de 100 spectacles par année. Avec Gowan, je vais faire 20 spectacles cette année. C’est drôle, parce que je dois redécouvrir l’artiste solo chaque fois que j’y retourne. Mais au fond, c’est comme si je ne l’avais jamais quitté. C’est comme rentrer dans sa propre maison. C’est génial d’être dans ces vacances qui durent depuis 20 ans, mais c’est bon de revenir chez soi. Ça met en perspective le fait que tout ce parcours vaut la peine.

Q Imaginiez-vous quand vous avez pris le micro de Styx que vous y seriez toujours 20 ans plus tard?

R En tant que musicien, j’ai tendance à ne pas voir plus de six mois à l’avance. J’ai toujours été comme ça. Quand je me suis joint au groupe, je n’ai pas imaginé de durée. Ils espéraient vraiment que le groupe dure encore cinq ans. Quand je suis arrivé, en 1999, ils ont dit : «avec toi, on va probablement pouvoir se rendre à 2005». Quand on regarde, ça, 2005, ça fait quand même longtemps. Maintenant, on fait juste se dire qu’on va continuer jusqu’au bout, jusqu’à ce que les gens nous crient de quitter la scène! Ce n’est pas encore arrivé! C’est l’une des beautés de la musique : si tu continues à en faire, il y a des chances que tu t’améliores. C’est l’objectif que nous visons. J’adore être si occupé, j’adore trouver des défis musicaux chaque jour. […] Notre dernier disque, The Mission, a bien fait au palmarès classic-rock du Billboard. Nous adorons voir les débats sur le Web entre les fans de Styx pour voir où ils placent cet album dans leur propre top 10 des albums de Styx. Ils l’ont vraiment adopté.

Q Êtes-vous toujours considéré comme le «petit nouveau» de Styx?

R J’adore qu’on me décrive ainsi. Au point où j’en suis dans ma vie, chaque fois qu’on place le mot «nouveau» à côté de mon nom, je suis très heureux!

Q Vous travaillez sur un nouvel album solo, n’est-ce pas?

R J’ai un album qui est pratiquement prêt. Je suis réticent à le lancer tant que je n’ai pas une pause d’au moins six mois pour le défendre. C’est le mauvais côté d’Internet : il y a tant de matériel qui sort qu’on peut se perdre dans la masse. Les gens ont une capacité d’attention de plus en plus courte. Il faut être présent et faire de la promotion pour que les gens le remarquent. Plutôt que d’envoyer l’album dans le monde et de voir ce qui va se passer, je préfère prendre le temps de l’accompagner et d’en parler pendant six mois… ou jusqu’à ce que les gens se fatiguent de m’entendre!