Michael Scheen et David Tennant

«Good Omens», quand une série télévisée repousse les limites

NEW YORK — Un ange et un démon qui font cause commune pour sauver le monde, voilà le postulat de «Good Omens», la nouvelle série d’Amazon, symbole d’un âge d’or des séries repoussant sans cesse le champ des possibles.

Les interactions entre Dieu et les hommes sont à la mode, à l’instar de Miracle Workers, The Good Place ou God Friended Me, séries qui se sont fait leur place dans le paysage télévisuel ces trois dernières saisons.

Mais Good Omens va beaucoup plus loin, grâce à un gros budget, mais aussi à la fantaisie des auteurs du livre dont il est tiré (De bons présages), Neil Gaiman et Terry Pratchett, un ouvrage publié en 1990 et qui compte des millions de fans dans le monde anglo-saxon.

L’ange Aziraphale et le démon Crowley passent ainsi par le jardin d’Eden, le Paris de la Révolution française ou le Londres de la Seconde Guerre mondiale, même si l’intrigue centrale se déroule de nos jours.

Dans la minisérie en six épisodes mise en ligne sur Amazon vendredi et co-produite avec la BBC, on croise des nonnes sataniques, une sorcière, un chien maléfique, l’archange Gabriel sous les traits de Jon Hamm (Mad Men), ou l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse en jeune femme toute de cuir vêtue.

«En général, quelque chose d’aussi excentrique et inhabituel (...) est plutôt une petite production», a observé Michael Sheen, qui interprète l’ange Aziraphale, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes.

Mais la soif de contenu de la part des acteurs traditionnels de la télévision comme des nouveaux venus, engagés dans une compétition féroce, a sensiblement élargi l’horizon des auteurs.

Avec la fragmentation des audiences, les diffuseurs acceptent de mieux en mieux les programmes qui ne s’adressent pas à tous les publics.

«Cela n’aurait pas été “filmable” dans les années 90 et le début des années 2000», a reconnu Jon Hamm, lors d’une table ronde avec des journalistes à Londres. «Et nous voilà dans cette nouvelle ère du contenu et de la création dans laquelle on peut faire ce qui est en fait un film de six heures.»

«C’est génial parce que cela vous permet de faire tellement de choses différentes», s’enthousiasme-t-il.

Bizarrerie et surnaturel 

L’adaptation de ce roman d’«heroic fantasy» relevait de la gageure, mais Terry Pratchett, décédé en 2015, avait fait promettre à son partenaire d’écriture, Neil Gaiman, de porter le projet.

Pour David Tennant, qui interprète Crowley, seul l’un des auteurs du livre pouvait s’attaquer à cette curiosité sans l’abîmer.

«N’importe qui d’autre l’aurait normalisée, aurait arrondi les angles, apporté de la rationalité superflue», estime-t-il, risquant de priver la série du «ton unique» du roman.

«Nous sommes parmi les gros budgets de télévision, mais parmi les petits si vous comparez à DC ou Marvel», a expliqué le réalisateur Douglas Mackinnon lors de la table ronde à Londres. «Nous épuisions sans cesse le budget tout en poussant notre ambition de plus en plus loin.»

La production a ménagé la bizarrerie, préservé le surnaturel, tout en ancrant le récit dans la relation millénaire entre l’ange et le démon, qui font cause commune contre l’avis de leurs maîtres respectifs.

À force de se côtoyer depuis plusieurs milliers d’années sur Terre et bien que représentant des forces opposées, «ils se ressemblent beaucoup plus qu’ils ne veulent bien l’admettre», selon Michael Sheen.

«Même si Aziraphale est un ange, ce n’est pas le bon», dit-il, «et le seul fait que Crowley soit un démon ne fait pas de lui un sale type.»

Alors que tout était programmé pour l’Apocalypse, les deux héros se sont un peu trop attachés à la Terre et ses habitants pour ne pas tenter de les sauver, quitte à sortir de leurs rôles.

«J’espère que les gens qui regarderont la série sentiront à quel point nous humains sommes formidables, pleins de défauts, tordus», une leçon donnée par «deux personnages qui ne sont même pas de ce monde».