Le MNBAQ recevait une exposition de Giacometti en 2018.

Giacometti, sculpteur de visages, au Musée Maillol, à Paris

PARIS — Alberto Giacometti, le sculpteur de «l’Homme qui marche» et des silhouettes filiformes, ne serait-il pas aussi et surtout un sculpteur passionné, obsédé des visages, depuis son adolescence jusqu’à sa mort, comme l’illustre l’importante exposition du Musée Maillol à Paris.

Jusqu’au 20 janvier, l’exposition Giacometti, entre tradition et avant-garde présente 50 sculptures de l’artiste suisse mort en 1966. Elles sont confrontées à 25 œuvres d’autres artistes majeurs, qui l’ont précédé, lui servant de maître, ou qui ont travaillé avec lui : Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, et aussi Brancusi, Lipchitz, Zadkine Csaky, représentant des avant-gardes parisiennes.

Le parcours est chronologique, chaque collaboration et chaque rupture marquant une étape du mûrissement de la carrière de Giacometti.

Dans les années 1910, à Borgonovo, au fin fond de la Suisse italophone, ce fils du peintre impressionniste Giovanni Giacometti (1868-1933) commence, adolescent, à sculpter les visages de membres de sa famille ou d’un camarade de classe. Il a seulement 13 ans en 1914 quand il reproduit le visage de son frère Diego, dans une œuvre où il maîtrise parfaitement la finesse délicate des traits. Sa toute première œuvre.

Déjà dans ces premiers bustes, il ajoute des traces de peinture sur ses sculptures, un trait inspiré des statues romaines et égyptiennes, qui sera une de ses marques au long de sa carrière. Plus tard, il travaillera certains de ses visages au canif, ce qui en accentuera l’humanité blessée avec ses rides et ses cicatrices.

Une autre caractéristique dès le début : un socle parfois plus important que la sculpture, qui fait véritablement partie de l’œuvre. De même que la peinture a un cadre, le socle, pour lui, replace l’œuvre dans l’espace.

Court passage chez Breton

Élève de Bourdelle et de Rodin, il se formera à l’Académie libre de la Grande Chaumière, balançant longtemps entre une vision traditionnelle et classique et une vision avant-gardiste.

Il se rapprochera des surréalistes réunis autour d’André Breton jusqu’au milieu des années 30. Mais Breton l’intraitable le rejettera en 1935, et il s’en trouvera bien aise. Il confiera qu’il s’était trouvé face à un mur avec le surréalisme.

Pour Thierry Pautot, commissaire associé de l’exposition, qui dirige la recherche à la Fondation Giacometti, l’artiste «a capturé l’essence même du visage, parfois de la même personne à des âges différents. C’est la figure humaine qui l’intéresse».

Si la sculpture s’étire vers le haut, s’il crée des forêts de femmes-arbres, le visage, même minuscule, reste presque toujours sa priorité, et ses œuvres ultimes ne sont pas les moins touchantes, rappelant l’ingénuité expressive du créateur de 13 ans.