La soprano Anna Porhaska, le ténor Andrew Staples et le baryton Tyler Duncan, dirigés par Bernard Ladadie, en avant-plan.

Génies, sirènes et autres enchantements

CRITIQUE / La Chapelle et les Violons du Roy ont su rendre tout le lyrisme, l'humour et la fantaisie du Roi Arthur de Purcell en enchaînant les passages chantés de ce semi-opéra. Une expérience narrative un peu surréelle, mais une expérience musicale aussi vive que magnifique.
L'action principale parlée de cette croisade du roi Arthur pour retrouver sa bien-aimée Emmeline est résumée en quelques paragraphes dans le livret, mais ce qui est présenté sur scène correspond à l'action secondaire, où génies, sirènes, bergers et personnages allégoriques s'enflamment, commentent ou se livrent à quelques divertissements surnaturels. Ce serait comme assister à un collage de scènes de Shakespeare avec les fées du Songes d'une nuit d'été, les comédiens ambulants d'Hamlet et le duo d'ivrognes de La tempête. On plonge dans un récit non linéaire et onirique, un songe fantasmagorique, où la musique agit comme un puissant liant, qui fait oublier l'absence des protagonistes principaux.
On est rapidement happé par l'entrelacs de voix, de rythmes, d'ambiances. La partition, délicieusement mise en relief par la direction de Bernard Labadie et la prestation des chanteurs et des instrumentistes, comporte tellement de variations d'intensité, de volume, d'inflexions et de timbres qu'on se croirait devant une vertigineuse construction baroque et fantaisiste.
Parmi les solistes, la soprano Anna Proshaska s'est démarquée par sa force et son expressivité. Elle donnait corps à Cupidon, à Vénus et à bien d'autres incarnations de l'amour et de la tentation avec des mimiques franches, une voix limpide et pleine de caractère et un charme inné. Le baryton Tyler Duncan, qu'on a vu cet automne dans les Quatre cantates de Bach, a encore une fois démontré qu'il avait une voix et une présence sur scène exceptionnelle. Son génie du froid nous a donné des frissons, alors que son paysan, de concert avec le baryton-basse Robert Huard et le ténor Andrew Staples, était d'une jovialité comique contagieuse. Le contre-ténor Daniel Moody, qui se joignait au choeur entre ses solos, a été une découverte rafraîchissante et s'est fort bien acquitté de sa tâche.
La musique nous faisait naviguer entre les scènes mythologiques et pastorales. Les conquêtes militaires du roi Arthur étaient appuyées par des timbales et deux trompettes. Hautbois, flûtes, viole de gambe (bien maniée par Mélisande Corriveau), archiluth, basson, cor anglais et guitare baroque nous faisaient voyager dans des sonorités rarement explorées aux Violons du Roy, qui laissent généralement la part belle aux violons. Ceux-ci étaient davantage en appui, mais donnaient à chaque intervention un nouvel élan à cette aventure royale. On savait que les chanteurs de La Chapelle étaient doués et rigoureux, mais on ne les savait pas si versatiles et à l'aise avec les partitions plus comiques.
Bref, tout ce beau monde formait une assemblée vivante et joyeuse, en parfaite synergie, guidée de main de maître par Bernard Labadie, capitaine de cette belle épopée.
Le programme sera présenté de nouveau au Palais Montcalm jeudi à 20h et à la Maison symphonique de Montréal samedi à 19h30.