«Gaza» donne la parole aux Palestiniens qui y tentent de vivre un semblant de vie normale.

Gaza: La prison à ciel ouvert *** 1/2

CRITIQUE / Près de deux millions d’habitants s’entassent dans Gaza, une bande de terre de 41 kilomètres le long de la mer pratiquement encerclée par Israël. Ce qui fait dire à un des protagonistes de ce percutant documentaire sobrement intitulé «Gaza» que le lieu est comme une grande prison à ciel ouvert. Avec aucune possibilité de libération…

Garry Kean et Andrew McConnell ont choisi la bonne approche pour leur long métrage. Délaissant l’angle sociopolitique, ils donnent la parole à ces Palestiniens qui y tentent de vivre un semblant de vie normale. Leur œuvre n’en est pas moins engagée.

Personne ne peut rester insensible devant autant de détresse humaine. Même si la plupart essaient de ne pas (trop) se plaindre. Sauf que leur quotidien est tellement désespérant — guère plus que quatre heures d’électricité par jour, nourriture et eau potable rares, une économie moribonde — que le constat s’avère implacable…

Au point où certains parents ressentent une profonde culpabilité d’avoir des enfants dans un tel contexte — soit l’arrivée au pouvoir, en 2007, du Hamas, mouvement islamiste qui gouverne depuis. Le territoire est isolé par un blocus israélo-égyptien. L’horizon est bouché.

Heureusement, peut-on penser, il y a la mer. Même pas : les pêcheurs ne peuvent s’éloigner à plus de cinq kilomètres des côtes. Le poisson se fait rare…

Victimes de trois conflits majeurs avec Israël dans les dix dernières années, les habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Dans cette guerre perpétuelle, les jeunes hommes en colère brandissent leurs futiles lance-pierres face aux places fortifiées de l’armée israélienne. Plusieurs finissent estropiés.

Les témoignages sont bouleversants, les images accablantes. Les réalisateurs auraient d’ailleurs dû éviter, parfois, l’emploi d’une musique qui surligne inutilement le propos. Gaza a été présenté en première mondiale en janvier à Sundance, en Sélection officielle.

Il s’en trouvera pour déplorer qu’on ait laissé de côté le point de vue israélien. Mais on a aussi évité celui du Hamas. En privilégiant ces Palestiniens ordinaires qui rêvent de paix et d’une vie normale, Kean et McConnell illustrent une vérité de La Palice : les civils sont souvent les plus grandes victimes des conflits armés.

À ce propos, les images très dures de frappes israéliennes, à la toute fin du film, glacent le sang. Surtout celles des enfants blessés qu’on évacue dans la panique…

Il y a cet ambulancier, toujours sur la brèche, qui ne sait jamais quand il va revenir auprès de sa famille ni même s’il va revenir… Et qui a ces mots terribles, celui d’un homme désespéré : «J’en veux à tous ceux qui respirent.»

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Gaza

Genre : Documentaire

Réalisateurs : Garry Kean, Andrew McConnell

Classement : Général

Durée : 1h32

On aime : le refus du sensationnalisme. Le respect et l’humanisme du propos. L’implacable démonstration.

On n’aime pas : la musique qui surligne.