Le Gala d'opéra sous les étoiles a ouvert le Festival d'opéra de Québec dans le cadre enchanteur de la Cour du Vieux-Séminaire.

Gala d'opéra sous les étoiles: réchauffer les coeurs

CRITIQUE / Nous n'aurions pas dit non à une bonne flambée et à un chocolat chaud en cette veille de Noël du campeur. La foule rassemblée dans la cour du Vieux-Séminaire pour le Gala d'opéra sous les étoiles était frissonnante, mais heureusement les huit solistes, la Sinfonia de Lanaudière et le chef Stéphane Laforest ont offert une prestation enjouée et condensée qui avait tout pour réchauffer les coeurs.
La soprano Lyne Fortin a été simplement splendide pour livrer <em>Ebben ne andro lontana.</em>
«Vous ne trouvez pas qu'il y a quelque chose de pas juste dans ces concerts-là?», a lancé Lyne Fortin, frigorifiée en robe bustier en croisant un collègue masculin en complet. On plaignait effectivement les cantatrices en tenue de soirée et les musiciens exposés au vent sur la scène surélevée, mais force est d'admettre que le temps froid a eu plusieurs effets bénéfiques. Pas de placote sur tout et sur rien entre les pièces, les airs s'enchaînaient rondement et toute la place était laissée à la musique. Le climat hostile a même incité Lyne Fortin et Jean-François Lapointe de chanter l'air Heure exquise blottis l'un contre l'autre, ce qui a créé un très beau moment.
Le baryton Jean-Francois Lapointe a été fort applaudi pour son interprétation théâtrale de l'air le plus connu du Barbier de Séville.
Le ténor Éric Thériault a entre autres chanté l'intense <em>Vesti la giubba</em> de l'opéra Pagliacci.
Avant d'entonner l'air Granada, du Mexicain Agustín Lara, au côté de ses confrères Antoine Bélanger et Éric Thériault, Antonio Figueroa s'est aussi permis un commentaire sur le froid. Le ténor était souriant et bon joueur ; même si sa voix s'est étranglée un bref moment pendant Ah! Mes amis, quel jour de fête!, il s'est fait un devoir de tout donner dans la finale de la pièce et au rappel. Les conditions n'étaient pas idéales pour les acrobaties vocales.
Pourtant tous ont livré leurs airs avec le sourire. Le contexte décomplexé de cette soirée d'ouverture en plein air inspire le bonheur : plusieurs spectateurs murmurent les paroles des airs connus, ça discute gaiement entre les pièces et les hourras sont plus spontanés et énergiques qu'en salle, où le décorum freine un peu les ardeurs.
Lyne Fortin enchantait la foule à chacune de ses présences sur scène. Elle a entre autres livré un Ebben ne andrò lontana splendide, qui mettait en valeur ses talent de tragédiennes et les somptueuses teintes de sa voix. Julie Boulianne a incarné une somptueuse et voluptueuse Carmen pour L'amour est un oiseau rebelle. Jean-François Lapointe a été fort applaudi pour sa prestation théâtrale de l'air le plus connu du Barbier de Séville. Magali Simard-Galdès a été une belle découverte et s'est particulièrement distinguée avec une lumineuse interprétation de O mio babbino caro. Le baryton Christopher Dunham a quant à lui une prestance, une belle expressivité et une voix maîtrisée qui augurent bien pour la suite de sa carrière. 
Les organisateurs s'étaient visiblement amusés à créer des contrastes dans la succession des pièces (rigolotes, dramatiques, rapides, lentes), ce qui donnait l'impression de sauter sans cesse d'un univers à l'autre, mais le manège avait l'avantage de nous tenir aux aguets. Les arrangements pour cordes et harpe de Stéphane Laforest, efficaces et sans ornements superflus, liaient les pièces dans une belle unité, qui laissaient briller les voix.
Le festival d'opéra se poursuit jusqu'au 5 août dans divers lieux de Québec.