«Trafic», le nouvel album de Gaëtan Roussel, est sorti vendredi.

Gaëtan Roussel: chercher le concret

Cinq années séparent «Orpailleur», le dernier album solo de Gaëtan Roussel, et «Trafic», arrivé dans les bacs vendredi. Entre les deux, il y a eu les retrouvailles de sa formation, Louise Attaque, le projet Lady Sir monté avec l’actrice et chanteuse Rachida Brakni et la publication de «Dire au revoir», un premier recueil de nouvelles. Le voilà de retour avec une offrande sur laquelle il cultive les mélodies en développant des thèmes qu’il a voulus plus concrets. Discussion.

Q Après avoir butiné d’un projet à l’autre dans les dernières années, dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de vous lancer dans la création de cet album?

Q C’était un état d’esprit de rencontres, à savoir qui allait devenir la personne ou les personnes avec qui j’allais m’associer pour que ce nouveau chapitre ait la possibilité d’exister. C’est comme ça que je fonctionne. Et j’avais envie de mélodies, j’avais envie d’une ligne claire et bien définie, de chansons que je puisse jouer piano-voix ou guitare-voix avec des sujets un peu plus définis. Il y a un titre sur la mémoire, un titre sur l’addiction, j’ai une chanson sur la confiance en soi. Ce sont des sujets pas forcément très gais ni très optimistes, mais quand même toujours avec de l’espoir.

Q Justement, certains titres abordent des questions graves sur des rythmes dansants. C’est un contraste qui vous intéresse?

R Je trouve que c’est notre époque qui veut ça. J’avais envie d’écrire une chanson sur ce qui me fait peur. Je pense que je ne suis pas le seul à avoir peur de manquer d’horizons ou de devenir aigri... Mais toutes ces choses-là, il faut pouvoir les aborder avec une musique qui passe par les pieds. Les notes ne paraphrasent pas les paroles, sinon c’est compliqué. Ça donne des chansons beaucoup trop légères à mon goût. J’avais quand même envie qu’il y ait de l’enthousiasme dans ce disque, dans les chœurs, dans le rythme et quelques mots.

Q Vous avez publié l’an dernier un recueil de nouvelles. Est-ce que cette expérience a influencé votre écriture de chansons?

R Un petit peu, oui. Pour deux raisons. La première est que le premier extrait de Trafic, Hope, contient quelques phrases qui sont issues d’une des nouvelles. [...] La deuxième chose, c’est qu’à écrire des nouvelles, on est obligé de définir un peu les sujets, même si ce ne sont pas des nouvelles à chutes avec de grandes intrigues. Ce sont quand même des histoires. Et moi, dans mes chansons, je n’ai pas souvent raconté des histoires. Il y a ce côté impressionniste, quelque chose un peu en suspens au lieu d’avoir une interprétation qui est la mienne. J’aime bien ce détachement, parfois. Mais là, les sujets sont plus clairs.

Q Ça vous force à vous mouiller un peu plus, à vous commettre…

R Exactement. En France, les gens me parlent de journal intime. Je n’irais pas jusque-là, mais oui, on peut voir peut-être un peu plus une caisse de résonance avec mon propre être.

Q Vous avez travaillé avec des réalisateurs australien et suédois. Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix de vos collaborateurs?

R J’ai croisé différentes personnes qui m’ont amené différentes choses. J’ai rencontré Justin Stanley, qui est un producteur australien. Il a joué avec Beck, avec Prince, avec des gens comme ça. J’adore sa manière de travailler. Il aime les accidents en studio. S’il y a un petit défaut, il va trouver que c’est par là que ça passe. Leonard Cohen disait que la lumière entre par les failles («There is a crack in everything, that is how the light gets in»). Et il y a un gars comme Jonas [Myrin], qui est un Suédois. Lui, c’est l’enthousiasme permanent. On a besoin de ça en studio, on a besoin de gens qui chantent tout le temps, qui donnent l’impression qu’il n’y a aucune négociation et que la chanson va forcément finir au Stade de France ou au Centre Bell. J’ai aussi travaillé avec DJ Dimmi, qui est Français. J’aime son approche sonore. On a partagé la composition de quelques musiques. J’aime bien sa sensibilité aux mélodies.

Q Qu’est-ce que ça apporte au projet de travailler avec des producteurs qui ne connaissent pas nécessairement votre parcours en solo ou au sein de Louise Attaque?

R À part Dimmi qui est Français, les deux autres ne me connaissaient pas. Ce sont des gens qui travaillent d’une autre manière et avec beaucoup de gens. Justin, par exemple, fait beaucoup de musiques de film. C’est pour ça que j’ai bien aimé travailler avec eux. Il y a un côté très décomplexé dans cette mondialisation. Après, je défends ça, parce que c’est ma manière de faire de la musique. Ça peut aussi être vrai en travaillant avec son voisin. Il n’y a pas qu’une voie. Chacun a sa façon d’avancer.

Q Le temps d’une chanson en duo, vous renouez avec Vanessa Paradis, avec qui vous aviez collaboré il y a près de 10 ans. Comment ça s’est passé?

R Ç’a été un plaisir immense. J’aime beaucoup, beaucoup cette artiste. Et j’aime beaucoup la personne qu’elle est. On s’était croisé il y a quelques années et c’était déjà une chance qu’elle ait bien voulu chanter des mots et des notes que je lui avais proposés. Là, j’ai pensé à elle après avoir eu cette chanson dans les mains. Ç’a été très simple, elle a répondu vite. Ç’a été une très belle journée de studio. Ç’a été une chose simple avec une voix si belle. J’en suis très, très heureux.

Q Avec vos différents projets, vous avez souvent eu l’occasion de venir chanter au Québec. Renouvellerez-vous l’expérience avec ce nouvel album?

R J’espère! Je n’avais pas eu l’occasion de venir avec Orpailleur. Là, j’espère que le disque sera bien accueilli et que du coup, je pourrai venir jouer un petit peu. Ça sera avec plaisir!