«L’idée, c’était de dire : “survivons”. Mettons-nous un sourire dans la face», dit François Pérusse en parlant du principe qui a guidé la réalisation de son nouvel album.
«L’idée, c’était de dire : “survivons”. Mettons-nous un sourire dans la face», dit François Pérusse en parlant du principe qui a guidé la réalisation de son nouvel album.

François Pérusse: de l'importance de rigoler

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Le confinement, François Pérusse connaît. Depuis 30 ans qu’il se l’impose, fin seul dans son studio, à mitonner quotidiennement des capsules radio qui ont trouvé de nouvelles vies sur une dizaine d’Album du peuple. Le comique et musicien ne pensait pas nécessairement ajouter un 11e chapitre à sa discographie. La COVID-19 l’a convaincu du contraire. Le résultat est attendu en format numérique le 24 novembre.

«Avec la pandémie, il y a beaucoup de gens qui me l’ont demandé, avance-t-il. J’ai trouvé ça vraiment charmant de voir des gens, dans cette situation qui est difficile, me demander d’en faire un. C’est la première fois que j’ai cette commande-là. On m’a toujours demandé c’était pour quand le prochain album. Mais de me faire dire : “fais-en un, s’il vous plaît”, ça m’a touché profondément. Habituellement, je me donne un an. Avec la pandémie, ça me donnait moins de temps.»

Depuis trois décennies, François Pérusse produit au quotidien. Des capsules humoristiques, des chansons rigolotes, des parodies, des personnages qui ont traversé les époques. On pense au gars qui magasine au téléphone et à sa Mona, à Bob Hartley et à ses coups de gueule, au maladroit animateur de radio communautaire Louis-Paul Fafard-Allard, etc.

On observe une transmission d’une génération l’autre. Ce qui fait en sorte qu’une ado de 13 ans, qui a fouillé dans la collection de ses parents, puisse citer en 2020 le fait qu’elle ignore ce qu’est un «galliper», mais qu’elle sait que ce n’est pas garanti (un gag qui date du tome 2, en 1992). Ou qu’elle puisse chanter de mémoire le «classique» Snack-Bar Chez Raymond (1996). Mais il y a aussi le fait que la musique et les gags ont indéniablement traversé l’épreuve du temps.

«J’ai la chance d’avoir tous les âges, reconnaît Pérusse. Je vois des jeunes qui adhèrent à ça et ça me touche droit au cœur. Je vais chercher mes gars à l’école et je vois les enfants qui ont toute leur vie à faire dans une époque absolument incroyable. Si je vois des enfants qui écoutent mes affaires, il n’y a rien qui peut me faire plus plaisir. Ça m’aide énormément dans la couverture de mes sujets. Je peux parler de tout.»

«Mettons-nous un sourire dans la face»

Quand la pandémie s’est pointée, François Pérusse a eu envie de répondre à cette demande d’apporter un peu de lumière dans cette période difficile. Il a replongé dans ses capsules, en a retravaillé certaines. Le processus habituel, en somme. Juste en condensé.

«Je me réécoute, je fais le tri, je me tape la tête sur les murs... Au bout de tout ça, j’ai ce qu’il faut, mais j’ai encore des doutes. Ce n’est pas un exercice facile de faire un album. J’hésite toujours avant de mettre un album sur le marché», détaille le créateur.

«Je me demandais si j’arriverais à temps, ajoute-t-il. Je prends bien mon temps pour brasser ma soupe. Mais je suis content.»


« Rigolons. Rions de nous autres, premièrement. La crise sanitaire actuelle, je ne voulais pas appuyer dessus. On fait déjà notre job d’être là-dedans à temps plein »
François Pérusse

On sent bien sûr un fond de pandémie dans cette nouvelle enfilade de sketchs humoristiques. Mais François Pérusse n’a pas voulu forcer la note. On entend déjà bien assez parler de la COVID-19, plaide-t-il. Et on a besoin d’autre chose.

«Je n’en ai pas mis trop, confirme-t-il. On baigne là-dedans jusqu’aux oreilles. Je me suis dit que si on me propose de faire un album, ce n’est pas pour ramener ça dans la face de tout le monde. Rigolons. Rions de nous autres, premièrement. La crise sanitaire actuelle, je ne voulais pas appuyer dessus. On fait déjà notre job d’être là-dedans à temps plein.

«L’idée, c’était de dire : “survivons”. Mettons-nous un sourire dans la face. C’est une question de santé. Je me souviens de Louis de Funès qui avait donné une entrevue à Lise Payette, il y a 40 ans. Il disait en somme que si tu ne ris pas, il te manque quelque chose pour ta santé. C’est comme si tu ne faisais aucun exercice...»

Le comique évoque une préoccupation pour la santé mentale, au moment où nous nous retrouvons de nouveau encabanés. «Y compris la mienne, lance-t-il. Faut que je regarde les nouvelles pour faire ma job. Ça peut affecter le moral. À un moment donné, il faut se donner une chance. Il faut sortir dehors, il faut regarder le ciel et il faut trouver des choses positives ou rigolotes, parce que ça va se tasser, tout ça.»

Dans un contexte où les opinions se polarisent, François Pérusse propose de rire. Tout simplement. «Pour cet album-là, j’ai réécouté et corrigé des choses qui riaient absolument de nous autres, décrit-il. Quoi de mieux que de rire de soi pour voir qui on est et arrêter de s’insurger contre les gens qui sont comme ci ou comme ça? Bien oui, ç’a toujours été! Il y a toujours eu des extrêmes d’un bord et de l’autre. C’est peut-être plus violent aujourd’hui, parce qu’on est plus nombreux...»

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Le hit de la pandémie

Ç’a été un gros hit de la pandémie : un doublage signé François Pérusse, qui détournait le message déjà surréaliste d’un prédicateur américain prétendant chasser la COVID-19 à coups de prières. Ç’a donné la chanson Je ferme les yeux, une parodie aussi absurde que délectable qui a cumulé les clics sur YouTube. 

«J’ai vu passer ça sur mon téléphone, sur Twitter, et je n’avais pas le son, raconte Pérusse. Je regardais juste le gars. Je le connaissais, ce preacher. Il est là depuis des dizaines d’années. Je me suis dit : “c’est une toune, ça”. En plus, il montre l’autre du doigt, il va pouvoir le traiter de tous les noms.»

Arrivée en ligne à la fin mars, la vidéo du prédicateur Kenneth Copeland et d’un émule implorant Jésus de guérir le coronavirus porte en elle-même un fort degré de ridicule. L’ajout des insultes et d’un florilège d’onomatopées par François Pérusse en rajoute une hilarante couche. Si bien qu’on lui a demandé de récidiver à propos du pasteur. Mais pour le comique, le travail est fait pour le moment. Il trouvera bien d’autres cibles… Geneviève Bouchard