L'humoriste François Bellefeuille

François Bellefeuille: la perfection de l’imperfection

437 spectacles, plus de 300 000 billets vendus, le prix du Spectacle d’humour/meilleur vendeur au dernier gala des Olivier : avec un seul spectacle à son actif, François Bellefeuille est vite devenu une figure incontournable de l’humour au Québec. Et sous des dehors d’échevelé colérique, se cache un homme sensible et réfléchi, qui est loin de prendre son succès pour acquis. Le Soleil l’a rencontré.

   Comment as-tu choisi le titre de ton nouveau spectacle, Le plus fort au monde?

R    C’est à travers les yeux de mon fils que je suis le plus fort au monde. Mon fils a 2 ans, ma fille 6 mois, et elle va penser la même chose bientôt. Pour elle, pour l’instant, tous les hommes sont barbus comme moi. (Rires) Je ne parle pas que de mes enfants dans le spectacle, mais disons que c’est la chose qui a le plus changé, ma réalité de père, comparé au célibataire endurci et mal-aimé qu’était la trame de fond de mon premier one-man-show.

Q    Est-ce toujours le même personnage?

R    Oui, mais il a évolué un peu, il est plus mature. (Sourire) Moi aussi j’ai évolué comme humoriste, on s’améliore tout le temps, surtout en début de carrière… j’espère, sinon, ce serait dommage. Je connais mieux mon métier, j’ai eu un gros succès avec le premier [spectacle], qui m’a permis de réaliser exactement c’est quoi, «divertir une foule».
Je mets énormément d’efforts à ce que le spectacle soit le meilleur possible, et la réponse du public est extrêmement importante : j’aime les rodages, j’aime peaufiner. Le scientifique en moi [c’est un ancien vétérinaire] voit l’humour comme une chose à toujours améliorer.

Q    Peut-on dire que ton personnage a appris à «gérer sa colère»?

R    J’utilise beaucoup la colère, mais je dirais qu’il est plus soupe au lait que colérique, comme moi dans la vie. Maintenant, je n’ai pas peur des moments plus calmes, moins énergiques, j’en ai saupoudré plus dans mon show, j’apprécie ça davantage qu’avant.

Tu sais, une de mes tantes m’a dit il y a deux ans qu’elle n’irait jamais voir Louis-José [Houde] parce qu’il parle trop vite. C’est une fausse perception. Au début, on l’a juste étiqueté comme ça.

Quand j’ai commencé mon style, j’étais vraiment dans la colère dans le tapis, et tout le monde me disait que je ne serais jamais capable de faire un show complet… et ils avaient raison : impossible de faire plus que sept minutes dans cette intensité-là. Mais à la télé, les gens voient un numéro pour lequel il y a du montage, on va à la pause, et moi je suis au sommet de ma colère. Et beaucoup de gens n’ont que cette image de moi. Mais c’est loin d’être comme ça pendant une heure et demie : quand ce moment-là arrive, c’est calculé, et on a du fun. J’aime la colère dans le plaisir.

Mais il reste des gens que j’aurai beau essayer de convaincre de venir voir mon spectacle, ils vont se trouver des raisons, parce qu’ils le savent que c’est pas cool de pas m’aimer. (Rires)

L'humoriste François Bellefeuille

   Après une première tournée très prenante, tu n’aurais pas voulu prendre un temps d’arrêt avant un deuxième spectacle?

R    J’ai l’urgence de m’améliorer et de me rendre au maximum d’où je peux me rendre en humour. Je n’ai pas commencé l’humour à 20 ans, et on n’est pas éternel. Actuellement, j’ai l’énergie pour faire quatre shows par semaine, alors j’en profite. Je goûte à mon rêve actuellement, et j’en veux encore.

Je ne veux jamais arrêter de faire de la scène, j’aime trop ça. Si ce n’est pas une tournée, ce sera les comedy club. C’est ce que j’adore avec Le Bordel [dont il est un des propriétaires] : c’est près de chez nous, je couche les enfants, et je pars faire mon show, et ils n’ont même pas l’impression que je suis parti de la maison.

Q    À l’émission Accès illimitée, on t’a aussi vu faire un comedy club à New York…

R    Et j’aimerais ça en refaire. J’ai déjà travaillé trois ans aux États-Unis, et mon anglais est bon. J’aimerais ça aussi aller en France, mais je n’ai pas le goût d’être une «star internationale», ça m’intéresse zéro. Mais aller en France pour rencontrer d’autres humoristes, d’autres publics, pour aller m’améliorer, ça, oui. C’est juste des choses qui vont m’aider à être meilleur comme humoriste.

Q    Tu sembles très exigeant envers toi-même…

R    Oui… un peu trop même. (Rires) Mais depuis que j’ai des enfants, ça a calmé un peu mon côté perfectionniste, parce que je ne peux pas être aussi pointilleux que je l’étais avant, je manque de temps.

Je suis un perfectionniste légèrement guéri par ses enfants. Parce que c’est négatif, être perfectionniste. Longtemps j’ai vu ça comme une qualité, mais je ne le vois plus comme ça. On se vante souvent de ça, mais ça dérange, on est toujours en train de penser à ça, pis la perfection, on ne peut jamais l’atteindre, on ne devrait pas trop avoir d’anxiété par rapport à ça, juste être le meilleur qu’on peut être.

Je vois bien maintenant que, des fois, je pourrais passer plus de moments en famille que de gosser sur des virgules.


« J’aimerais ça aussi aller en France, mais je n’ai pas le goût d’être une “star internationale”, ça m’intéresse zéro. Mais aller en France pour rencontrer d’autres humoristes, d’autres publics, pour aller m’améliorer, ça, oui. C’est juste des choses qui vont m’aider à être meilleur comme humoriste »
François Bellefeuille

Q    En terminant, comment vois-tu la «crise» que vit le milieu de l’humour actuellement?

R    En fait, la crise vient du mouvement #moiaussi, et le milieu de l’humour est une victime collatérale de ça, en raison des agissements de Gilbert Rozon, qui sont effrayants. Tant mieux que ce soit sorti, c’est parfait! Ensuite, c’est sûr que tout ça crée de l’anxiété, surtout pour les gens de Juste pour rire.

Là, un groupe d’humoristes va présenter un festival d’humour [le Grand Montréal comédie fest]. Je suis dans le regroupement, mais je ne suis pas un décideur. Je trouve que c’est une bonne idée. Le modèle de Juste pour rire était à repenser. Juste pour rire a amené des choses extraordinaires pour le milieu de l’humour, mais dans les dernières années, ce n’était pas le meilleur modèle.

Je suis un puriste dans ces affaires-là, mais je suis d’avis qu’un festival, ça devrait être une fenêtre sur l’humour, dans une ville, et je ne crois pas que ça devrait être à saveur économique. Ça doit générer de l’économie, avec les gens qui se déplacent, achètent des billets, vont au restaurant, mais je ne crois pas qu’on doive faire des émissions de télé avec ça. Je trouve ça un peu bizarre, aussi, un festival qui devient producteur de spectacles à l’année.

J’ai un rêve qu’un festival, ce soit un endroit pour que tous ceux qui font de l’humour au Québec aient une place, s’ils veulent la prendre.

VOUS VOULEZ Y ALLER?
Quoi : Le plus fort au monde
Qui : François Bellefeuille
Quand : 27 et 28 février, 24* mars, 27 et 28* avril
*deux représentations par soir
Où : salle Albert-Rousseau
Billets : 50 $

Info : sallealbertrousseau.com