Haut en couleur, avec un déluge de chansons et de chorégraphies, «Footloose» a su gagner le public dès la première note et le premier pas de danse.

«Footloose»: danser sa vie

CRITIQUE / D’abord film culte, puis show sur Broadway avant de renaître plus d’une cinquantaine de fois dans sa version québécoise, l’an dernier, à Montréal, la comédie musicale «Footloose» a pris ses aises de façon fort convaincante et entraînante, mercredi soir, à la salle Albert-Rousseau. Haut en couleur, avec un déluge de chansons et de chorégraphies, le spectacle a su gagner le public dès la première note et le premier pas de danse.

Résumons le récit pour les oiseaux rares qui ne sont pas au parfum du film de Herbert Ross. Ode à la liberté et à l’insouciance juvénile, Footloose campe son récit en 1984, dans un bled perdu des États-Unis où un révérend à la poigne de fer décide de mettre les adolescents au pas, à la suite d’un accident qui a coûté la vie à son fils et à trois d’entre eux. Dorénavant, à Bomont, l’alcool, la drogue et le rock’n roll sont strictement interdits pour éviter «la corruption des âmes».

C’est dans ce contexte de rectitude politique et de dictature de la morale, qui n’est pas sans rappeler le courant de conservatisme religieux qui effectue un retour en force en Occident, que débarque, en provenance de Chicago, Ren McCormack (Philippe Touzel). 

L’adolescent, passionné de danse, aura tôt fait de se mettre à dos les dirigeants de la ville par son côté rebelle et réfractaire à l’autorité. Il tombera aussi dans l’œil d’Ariel (Éléonore Lagacé), la fille du révérend (Dominique Côté), ce qui ne sera rien pour arranger les choses.

Dès le premier tableau, la table est mise avec la chanson ultra connue de Kenny Loggins. La troupe d’une trentaine de comédiens danseurs, dans une forme resplendissante, s’en donne à cœur joie, au grand plaisir de l’assistance. À travers des dialogues légers s’insère une vingtaine de chansons, plus de la moitié déclinée en français. En ce soir de première, si les paroles des premiers airs étaient souvent incompréhensibles en raison du volume parfois trop élevé de la musique, tout s’est heureusement replacé par la suite.

Le duo de jeunes comédiens chanteurs qui campe les rôles principaux se fait convaincant, autant par sa voix que par son dynamisme. Mais notre coup de cœur revient au chanteur d’opéra Dominique Côté, d’une étonnante justesse à chacune de ses apparitions, tant parlées que chantées, dans la peau d’un personnage bigot amené à s’ouvrir à une métamorphose pour surmonter son deuil.

Travail solide et soigné

Si un humour bon enfant prend souvent le plancher en première partie, le ton devient un peu plus sombre après l’entracte, avec la confrontation entre McCormack et le révérend. Le spectacle sait aussi se faire tendre, lorsque McCormick et Ariel se confient sur leurs failles, la première en butte à la rigidité de son père et à la mort de son frère, le second devant composer avec une blessure causée par le départ inexpliqué de son père. 

Le metteur en scène Serge Postigo, appuyé par le chorégraphe Steve Bolton et le directeur musical Guillaume St-Laurent, signe un travail solide et soigné. Tout coule de source, les transitions s’effectuant avec une belle fluidité. Dans le temps de le dire, on passe d’une église à un vestiaire d’école, d’un gymnase à un snack-bar. L’écran installé en fond de scène est utilisé de façon originale pour donner une valeur ajoutée aux décors.

Une mécanique huilée au quart de tour, qui s’est terminée au bout de deux heures comme elle avait commencé, c’est-à-dire sur les chapeaux de roues avec, on s’en doute, la chanson Footloose. Le party était pris, autant sur la scène que dans la salle. La longue ovation qui a clôturé la soirée était on ne peut plus méritée.

Footloose est présentée à la salle Albert-Rousseau jusqu’au 21 juillet. Des supplémentaires ont été ajoutées les 26, 27 et 28 juillet (deux représentations).