St-Pierre s’attend à avoir des spectateurs tout autour de lui, qui l’observeront sous tous les angles. «Ça change complètement la façon dont tu diriges ton énergie.

Fléau: deux hommes et un chien

Le chorégraphe Dave St-Pierre et son comparse Alex Huot investissent pour une semaine la scène de la salle de spectacles de Gaspé. Une «maison» construite en fils de laine et des costumes colorés suspendus au-dessus de tables de ping-pong occupent l’espace. Sans oublier Fléau, le chien qui donne son nom à la performance qu’ils préparent.

«On part du noyau familial, deux conjoints et un petit chien, face à la société. On a créé un intérieur et un extérieur : un intérieur où tu peux être à poil et un extérieur où tu dois enfiler un costume», décrit Dave St-Pierre.

Le duo passe de l’extra habillé, avec des costumes qui cachent jusqu’à leur visage, jusqu’au parfaitement dénudé à la fin.

St-Pierre et Huot ont préparé des tableaux, des «sculptures mouvantes». Il s’agit d’une «base élastique» sur laquelle ils improvisent leur performance. Aux éclairages, Hubert Leduc-Villeneuve joue avec l’ambiance.

Le spectateur peut déambuler sur la scène, libre de ses mouvements. «Je veux qu’il choisisse son propre angle, comme dans un musée, qu’il crée sa propre relation avec les objets […]. On veut démocratiser l’espace entre le performeur et le spectateur, abolir la frontière», dit M. St-Pierre. Au point où s’il prend l’envie au public de jouer au ping-pong ou de partir après 25 minutes, il ne devra pas se gêner, expliquent les deux créateurs.

St-Pierre s’attend à avoir des spectateurs tout autour de lui, qui l’observeront sous tous les angles. «Ça change complètement la façon dont tu diriges ton énergie. C’est moins exigeant qu’un spectacle à l’italienne [où le spectateur est assis face à la scène], où tu dois toujours être à on. Il n’y a pas la même pression du spectateur. Quelqu’un va le voir, le défaut, de toute façon.»

Et le chien, dans tout ça? Le corgi du couple — la race chérie de la reine Élizabeth — joue un rôle crucial, mais imprévisible. «Fléau est celui qui nous rattache à la réalité. Le spectateur veut embarquer dans une poésie. Fléau vient casser ça. Il se fout de la performance. Il a besoin de boire, ou d’aller aux toilettes», dit M. St-Pierre. «Il est très vrai. Si tu fais quelque chose de vraiment weird, il va japper. Ça nous challenge», ajoute Alex Huot.

Longue collaboration

St-Pierre et Huot, un artiste visuel, collaborent depuis bien avant Fléau. Les deux performent sur scène, sans égard à leur spécialité. «On essaie de ne pas se soumettre aux titres, aux scolarités. Les structures visuelles, c’est moi, mais les costumes, c’est plus Dave qui les a faits», illustre Alex Huot.

Le duo vient de passer une semaine à Gaspé, où il a pu occuper la scène sans discontinuer et se consacrer sans distraction au développement de sa performance. Il a invité le public de Gaspé à assister aux répétitions. «On a besoin de cet input pendant la création, pas juste à la fin. Ça nous pousse à la faire, la performance. Et on en discute avec les gens. Les idées viennent de partout et on est très réceptifs», dit Dave St-Pierre.

Âgé de 43 ans, St-Pierre a dansé pendant 10 ans, notamment avec Jean-Pierre Perreault, avant de fonder sa propre compagnie en 2004. Ses œuvres sont parfois encensées, parfois conspuées, parfois les deux en même temps. Atteint de fibrose kystique et greffé des poumons, il continue de performer et de créer sous la devise «sans compromis».

Fléau sera d’abord présenté en France à l’automne. Pour une représentation au Québec, des pourparlers sont en cours, affirme St-Pierre.