Flavia Coelho

Flavia Coelho, indignation et danse-remède

PARIS — Le mandat du président Jair Bolsonaro au Brésil suscite «indignation, rage et haine» chez Flavia Coelho, chanteuse qui répond avec DNA, album emballant où musiques urbaines et caribéennes se percutent.

La «danse-remède, c’est complètement latino-américain, tiers-mondiste», expose à l’AFP cette Brésilienne installée à Paris. «Si on n’a pas le ballon de foot ou la musique pour rigoler, qu’est-ce qu’on fait? Au Brésil, c’est dans notre ADN, tout ça c’est à l’intérieur de nous», poursuit-elle, référence au titre de l’album DNA («ADN» en portugais), qui sort le 18 octobre.

Cidade Perdida ( «Ville Perdue), chanson phare de son quatrième album, est un brûlot anticorruption où elle libère son flow en portugais, s’adressant autant à la tête qu’aux jambes.

«Au Brésil, ils détournent l’argent des cantines, des écoles, des fournitures scolaires. Moi-même pendant longtemps, j’ai été à l’école seulement pour bouffer, car il n’y avait rien à manger chez moi. Alors quand l’école ne suit pas, le trafiquant vient vers nous», raconte-t-elle dans un français impeccable, égayé par son accent carioca.

«Ce superhéros en nous»

«Au Brésil, il est difficile d’aller à l’école, moi j’ai commencé à bosser à 14 ans, mais d’autres enfants dès 5 , 6 ou 7 ans sont dans les usines, les champs».

L’album n’est pas centré que sur le Brésil. Levanta Dai («Relève-toi») évoque le Venezuela par ricochet. «Avec la crise dans ce pays, beaucoup de Vénézuéliens ont passé la frontière, mais j’ai été surprise, ils ont été très mal accueillis dans le nord du Brésil», déplore-t-elle.

En pleine réalisation de son album, Jair Bolsonaro a donc été élu. «Ce monsieur, dont je ne prononce pas le nom, a moins de 100 mots de vocabulaire», peste-t-elle.

Elle a «honte» pour les propos désobligeants tenus récemment par le dirigeant brésilien envers Brigitte Macron. «Mais c’est tellement lui, il a aussi dit que les ONG mettaient le feu en Amazonie...»

Pour ne pas déprimer, elle a inventé un sauveur imaginaire Billy Django, titre du second morceau. «Il faut réveiller ce superhéros en nous. La révolution doit partir de l’intérieur de chacun, malgré nos malheurs, nos douleurs».

Django, comme celui de Quentin Tarantino? «Oui, un peu, sourit-elle. C’est l’esclave qui se révolte, prend le dessus, défend sa famille. Mais mon Billy Django ne tue personne, même si j’ai déjà été confrontée à la violence, comme nous tous au Brésil. Mais il ne se laisse pas faire».

«Quartier libre»

La stigmatisation des minorités sexuelles est également dénoncée dans DNA. Comme dans Nosso Amor («Notre Amour»). «En Afrique, on met des photos des homos et LGBT à la Une des journaux! Et au Brésil, des gens de ma famille se cachent depuis toujours, ils avaient sorti un peu leur tête, mais ne peuvent plus le faire».

Mais tout n’est pas sombre. Menino Menina («Garçon Fille») chante une soirée où les genres importent peu, sans jugement, «c’était quartier libre, “tu fais ce que tu veux”». «C’était très fort pour moi de voir ma petite sœur, qui est lesbienne, être si libre, si spontanée».

No Baile («Au Bal») célèbre ces chargés de famille qui, après avoir trimé toute une vie, s’offrent une seconde jeunesse. «C’est une chanson par rapport à mon papa, et aux autres papas. Quand j’ai quitté la maison, j’ai découvert que mon père aimait sortir, prendre du plaisir».

«Aujourd’hui, quand on a 40-50 ans, 60, 70 ans, ça ne veut plus dire “un vieux”. 40 ans, ça arrive pour moi l’année prochaine, et je ne suis pas vieille», éclate-t-elle de rire. «On rajeunit, on n’est plus dans une société où le père ou la mère travaillent et c’est tout. Ce n’est plus du tout comme ça».

«L’important est de continuer à vivre», conclut-elle. DNA est conçu comme la bande-son de ce mantra.