Sur le plan du récit, Nous se réfère à De l’autre côté du miroir (1871) de Lewis Carrol, avec son allégorie du monde inversé. Il y a d’ailleurs un clin d’œil avec tous ces lapins blancs qu’on voit dès le début.

Film de la semaine: Nous ****

CRITIQUE / S’il y a un réalisateur qui a réussi à battre la malédiction du deuxième film, il s’agit sans contredit de Jordan Peele. Après son puissant et brillant Get Out, Oscar du meilleur scénario 2017, le réalisateur américain hisse la barre encore plus haute avec Nous (Us), un suspense d’horreur brillamment réalisé sur nos peurs les plus profondes, mais qui offre aussi beaucoup de matière à réflexion.

Le long métrage débute en 1986 lorsqu’une petite fille, qui a échappé à l’attention de ses parents, pénètre dans un labyrinthe de miroirs (à la Dame de Shanghaï d’Orson Welles). On ne sait pas trop ce qui s’y passe…

Quelque 30 ans plus tard, Adélaïde (Lupita Nyong’o) revient passer ses vacances à la plage avec son mari et ses deux enfants. De vagues souvenirs et de l’angoisse refont surface. Un soir, une famille de sosies apparaît dans leur allée et commence à les terroriser…

On arrête les frais ici, histoire de ne pas gâcher votre plaisir de cinéphile.

Sur le plan du récit, Nous se réfère à De l’autre côté du miroir (1871) de Lewis Carrol, avec son allégorie du monde inversé. Il y a d’ailleurs un clin d’œil avec tous ces lapins blancs qu’on voit dès le début.

Mais le ballet cinématographique de Jordan Peele se veut autant de références à Welles, à Kubrick qu’à Hitchcock (bien sûr). Ça se voit autant dans les mouvements précis que dans l’utilisation habile des techniques propres à créer une tension de tous les instants (gros plans, bruits dans le hors champ, flashs de retour en arrière, musique anxiogène…).

À l’instar de ces grands cinéastes, c’est toutefois la richesse symbolique qui confère sa force à Nous — et toute notre admiration. 

Bien sûr, on peut simplement se laisser prendre au jeu. D’abord celui du péril en la demeure — la famille est attaquée par des intrus qui tentent de s’introduire (et prendre leur place). 

Puis celui de la partie de cache-cache, qui se transforme en course-poursuite. Le tout empruntant aux codes du film de zombie. Vous n’écouterez plus jamais Good Vibrations des Beach Boys et Fuck Tha Police de NWA de la même façon.

Nous propose une critique implicite du mode de vie américain. Mais pour peu qu’on veuille y réfléchir un peu plus, ces doppelgängers de chaque membre de la famille représentent notre part d’ombre — chacun doit d’ailleurs affronter la sienne. Il offre aussi une réflexion sur les privilèges liés à la naissance. Une personne n’obtient pas les mêmes chances, au départ, si elle naît dans une famille riche ou pauvre…

Plus encore, il met en scène la peur de l’Autre, de l’immigré. Comme le dit le plus jeune de la famille, «ils sont comme nous».

Le tout n’est pas parfait. Il y a, ici et là, quelques petites maladresses. L’humour noir et l’exécution de l’ensemble nous les font bien vite oublier. D’autant que les acteurs sont excellents.

Lupita Nyong’o est aussi bonne en mère terrorisée qu’en double maléfique — chaque acteur joue son «jumeau». Elisabeth Moss, en amie de la famille, offre un jeu halluciné aussi inquiétant que fascinant.

Une brillante réussite, avec un gros punch à la fin et un mur symbolique lourd de sens...

Au générique

Cote : ****

Titre : Nous

Genre : Suspense d’horreur

Réalisateur : Jordan Peele

Acteurs : Lupita Nyong’o, Winston Duke, Elisabeth Moss

Classement : 13 ans +

Durée : 1h56

On aime : la tension soutenue. La réalisation brillante. L’excellente distribution. La richesse symbolique.

On n’aime pas : quelques maladresses scénaristiques.