Fred Rogers (Tom Hanks) fait la connaissance du journaliste Lloyd Vogel (Matthew Rhys).

Film de la semaine: Bonjour, voisin *** 1/2

CRITIQUE / Bonjour, voisin (A Beautiful Day in the Neighborhood) arrive sur nos écrans précédé d’une bonne rumeur — qui s’avère fondée. Film touchant et d’une sincérité remarquable, le drame biographique explore l’expérience transformatrice d’un journaliste cynique au contact d’un homme qui incarne la bonté, Fred Rogers. Un rôle qui devrait valoir à Tom Hanks une autre nomination aux Oscars.

Rogers est une icône de la télévision américaine. De 1968 à 2001, il anime une émission pour enfants, Mister Roger’s Neighbor­hood (l’équivalent de Bobino). Lloyd Vogel (Matthew Rhys) vit des moments difficiles sur le plan personnel — la naissance d’un enfant, un conflit intense avec son père Jerry (Chris Cooper) — lorsqu’on le charge d’écrire un portrait pour le magazine Esquire.

Journaliste imbu de son talent, Vogel renâcle à rencontrer cet homme candide, puis se convainc qu’il va réussir à le démasquer. «Ne gâche pas mes souvenirs d’enfance», le prévient sa femme Andréa (Susan Kelechi Watson, la Beth Pearson de Notre vie).

Reste que c’est plutôt Vogel qui va baisser sa garde au fur et à mesure de ses aller-retour entre son domicile de New York et Pittsburgh, où Rogers vit et travaille. C’est d’ailleurs dans les coulisses de son émission que le reporter va découvrir avec une certaine stupéfaction que l’animateur et l’homme ne font qu’un : pas de faux-semblant…

Cette authenticité va amener Vogel à se remettre en question et à vivre une épiphanie!

Bonjour, voisin est superbement mis en scène par Marielle Heller, la réalisatrice du très remarqué Pourras-tu me pardonner un jour? (2018), avec Melissa McCarthy, un autre drame biographique.

La cinéaste fait montre d’une belle touche, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou le ridicule, ce qui aurait facilement pu être le cas. Sa caméra, jamais intrusive, parvient à saisir de réels moments d’émotion. 

Quelques séquences oniriques et l’utilisation de maquettes (pour les scènes de voyage, entre autres) permettent une certaine fantaisie en accord avec l’univers enfantin dans lequel évolue (en partie) Fred Rogers.

Tom Hanks propose une superbe composition de cet homme qui se bat quotidiennement pour être bon — il a une part d’ombre, comme tout le monde, mais une maîtrise de soi et une empathie qui sortent de l’ordinaire.

Matthew Rhys (Les Américains) se distingue également dans ce rôle d’abord ingrat, puis de plus en plus nuancé. Ses face à face avec Hanks sont du bonbon. Sans pour autant que sa relation avec sa femme et celle avec son père soient négligées. 

D’ailleurs, ce drame biographique librement inspiré de l’article de Tom Junod pour Esquire se sert de la rencontre entre les deux hommes pour explorer divers thèmes avec beaucoup de doigté : la mort, au premier chef, mais aussi le pardon, la compassion, les liens familiaux, la difficulté de devenir parents…

Bonjour, voisin se révèle donc comme une œuvre qui redonne foi en l’humanité et qui fait du bien. Nous en avons tous besoin par les temps qui courent...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Bonjour, voisin

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Marielle Heller

Acteurs : Tom Hanks, Matthew Rhys, Susan Kelechi Watson, Chris Cooper

Classement : Général

Durée : 1h49

On aime : l’humanité et la sincérité du propos. La belle touche à la réalisation. La solide distribution. L’absence de mièvrerie.

On n’aime pas : —